Anarchisme et franc-maçonnerie

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Depuis des lustres et des lustres, les anars s'engueulent sur le fait de savoir s'il est possible à à la fois libertaire et franc-maçon. Quant aux francs-maçons, dans les pays latins, ils acceptent volontier les anarchistes dans leurs loges, pour autant que ceux-ci ne cachent pas une bombe sous leur manteau couleur de muraille... Je précise les maçons latins, car le bigoto-maçonnisme dogmatique, dont les mots d'ordre viennent de Londres et des USA, exige la foi en une  puissance suprême. La plupart des maçons anglo-saxons croient d'ailleurs au Dieu de la Bible. C'est leur droit. Mais c'est le droit des anars de ne pas accepter de se plier à cette exigence suranée, apparue avec la maçonnerie au XVIIIe siècle, mais remise en cause en France et en Belgique quelques 150 ans plus tard environ. Anecdote : en France l'abolition de l'obligation de  l'invocation au Grand Architecte de l'Univers, et de la présence de la Bible en loge, a été vôtée par un convent (réunion des délégués de l'obédience), suite à la proposition d'un... pasteur ! Il portait un nom prédestiné : Desmons. De Desmons à Démon il n'y a guère de différence pour les anti-maçons et ceux qui courbent le dos lorsque les anglais ont pris une décision valant, selon eux, pourceux qu'ils estiment, dans leur intolérance, être les seuls vrais maçons, surnommés "réguliers".Par contre, les "irréguliers" reconnaissent les "réguliers" comme maçons. La réciproque n'est pas vraie, officiellemen du moins, car en privé il arrive souvent se soit le contraire.

Cela étant,il est faux de croire que les maçons adogmatiques (ou encore appelés libéraux) sont des révolutionnaires actifs, ou même de salon. Le frère Henri Lafontaine (1854-1943), une grande pointure, socialiste à une époque où il en existaient encore, pacifiste militant, Prix Nobel de la Paix écrivit C'est dans les loges que les grandes révolutions ont été préparées!  Hélas, c'est faux. Et lors de la grande Révolution française, la majorité des frères étaient monarchistes, beaucoup d'entre-eux quittèrent d'ailleurs la France pour rejoindre Coblence. On n'est jamais trop prudent durent-ils se dire!  Les autres Révolutions, 1830 (en France bien sûr, car en Belgique elle ne fut qu'un soulèvement suite aux prêches de quelques bourgeois), 1848, 1871 (la glorieuse Commune) ne furent point ourdies en loge.

Il est vrai, par contre, que beaucoup de mesures démocratiques furent l'oeuvre de maçons : interdiction définitive de l'esclavage, instruction obligatoire, gratuite et laïque, séparation de l'Eglise et de l'Etat, et d'autres encore. C'est un défunt Grand Maître de la Grande Loge de France qui se batit comme un beau diable (sic), en faveur de la contraception. Les droits des homosexuels furent défendus par la majorité des maçons du Grand Orient , de la Grande Loge de France et de l'obédience mixte Le Droit Humain.

Mais revenons-en aux anarchistes. Proudhon - Bakounine - Malatesta - Elysée Reclus - Ferrer -et les pédagogues Paul Robin - Sébastien Faure,qui quitta la maçonnerie lorsque le Grand Orient de France refusa de prendre parti en faveur du pacifisme en 1914 - Jean Marestan - Augustin Hamon et quelques autres encore- Louise Michel, la Vierge rouge - James Guilleaume - Eugène Pottier (auteur de L'Internationale) - l'ukrainien Makno, adversaire du communisme autoritaire - Ascaso - le pacifiste Louis Lecoin, grâce à qui les objecteurs de conscience français virent reconnaître leurs droits - et tant d'autres amoureux de l'Humanité furent à la fois libertaires et maçons. Nous allions oublier Hem day et son "désalter égo" Léo Campion.

La maçonnerie de doit pas faire de politique, certes. Mais elle a pour devoir de se pencher sur les grands problèmes sociétaux. Ce qu'ont toujours fait les anarchistes maçons, mais d'autre également. Il ne peut y avoir des maçonnerires anarchistes, socialistes, etc. Mais certaines loges, il est vrai, sont nettement libertaires. Cependant la plupart des maçons anarchistes aiment fréquenter des loges où il peuvent cotoyer des frères et des soeurs ne partageant pas leurs idées.  Votre humble serviteur, libertaire convaincu, est le seul de sa loge à se déclarer "anarcho-individualo-solidariste" (une tendance qu'il a créée et dont il est le seul membre). Il n'empêche qu'il aime se retrouver avec des soeurs et frères socialistes, centristes, marxistes, philatélistes et autres...

Il n'y a aucune incompatibilité pour un anarchiste, à être maçon. Cependan, reconnaissons-le, des anars sont anti-maçons ou, plus exactement adversaires de la farnc-maçonnerie, estimant qu'ils ne peuvent accepter le "pouvoir" d'un Vénérable (élu démocratiquement par ses frèrers et/ou soeurs pour une courte période), pas plus que la discipline maçonnique, qui consiste à accepter que d'autres maçons soient croyants, libéraux, sans-parti, ou amateurs d'andouillettes AAAA quand d'autres ne les apprécient pas.  J'accepte qu'ils me considèrent comme un anarcho-bourgeois parce que maçon. J'attends d'eux, cependant, qu'ils ne contestent pas mon droit d'être membre d'une organisation d'hommes et de femmes libres.

Vive la maçonnerie - vive l'anarchie, nom de Zeus !





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F 09/02/2009 01:24

Finalement, on se demande pourquoi tou-tes les anarchistes ne sont pas maçon-nes ;)

Jacques Cécius 02/11/2008 10:45

Je ne souris pas souvent ces temps-ci, hélas. Mais je fais des efforts.
Merci pour ton intervention.

chris 04/10/2008 13:29

J'aime bien ce développement d'un libertaire souriant