Le travail : une monstruosité !

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Je suis conscient de ce que le titre de cet "article" a de provocateur pour ceux qui survivent grâce aux allocations de chômage. Mais qu'ils se rassurent, comme m'a rassuré un jour un homme remarquable, Jean Collard, auteur de  "La civilisation post loborem" (chez l'auteur. L'adresse je puis la fournir à qui le désire).


A l'instar de Paul Lagargue (1842-1911), gendre de Karl Marx dont il dû être le désespoir, auteur, lui, de "L'éloge de la paresse", dont je ne sais s'il l'ouvrage est encore réédité, ce serait pourtant le moment, plus que jamais, Jean Collard annonce la fin d'une civilisation qui, puisqu'elle a fait son temps, est appelée à disparaître. Il fustige ceux qui tentent de la prolonger ou de la faire survivre artificiellement et propose une nouvelle culture. (...) La "Civilisation poste laborem" ne constitue pas une médication précise contre un mal donné. C'est une autre approche de la vie quotidienne.. C'est une autre manière d'être et de comprendre l'existence, au travers de nouvelles formes d'épanouissement personnel.

José Collard sait de quoi il parle, lui qui fut longtemps chef d'entreprise et dirigant régional de l'Union Wallonne des Entreprises. Je m'honore d'être de ses amis, ce qui prouve qu'un anar n'éprouve pas nécessairment des sentiments de haine imbécile envers, comme le disait les cocos, "l'ennemi de classe"".

J'ai écrit moi-même dans "L'anarchisme : une utopie nécesaire?" que Le Grand Orient de France (obédience maçonnique comptant plus de trente mille membres) a proposé comme sujet d'étude en 1997 : "Nous constatons la disparition du travail. Quelle activités peut on envisager pour préserver la dignité humaine?". C'est le moment de signaler que Lafargue fut membre de la loge "L'Avenir" de Paris.

Mais commençons par le commencement. En 1883 parassait l'ouvrage de Lafargue "Le droit à la paresse, réfutation du droit au travail de 1848", à Paris. Il n'y va pas par quatre chemins : Une étrange folie possède les classes ouvrières ou règne la civilisation capitaliste. Cette folie traine à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture.  Parlant des économistes et des prêtres  il ajoute:  hommes faibes et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit.. ("Tu travaillera à la sueur de ton front", punition infligée à Adam pour avoirmangé une pomme, par le Dieu des Juifs et des chrétiens).

Si chaque outil pouvait exécuter sans sommation, ou bien de lui-même, comme les chefs d'oeuvres de Dédale, se mouvaient d'eux-mêmes, ou comme les trépieds de Vulcain se mettaient spontanément à leur travail sacré; si par exemple les navettes du tiserand tissaient d'elles-mêmes, le chef d'atelier n'aurait plus besoin d'aides, ni le maître d'esclaves. Ainsi parlait Aristote qui, pas plus que Benoit XVI ou Sarkoléon, n'était anarchiste.

Nous constatons une chose : il y a de moins en moins de travail sur le Continent, et il y en aura de moins en moins. Si, dans tel patelin, on crée 300 emplois, dans telle région on en supprime 1.500... La vie n'est pas le travail. Travailler sans cesse rend fou disait de Gaulle dont on peut dire qu'il n'était pas un révolutionnaire au couteau entre les dents.

Paresse, mères des Arts et des nobles vertus comme l'appelait Lafargue. Oui ! Sainte paresse. Mais alors, pauvreté, désoeurvrement, émeutes dans les banlieus ? Et ben non ! Un jour les ordinateurs et les machines les plus sophistiquées libéreront les hommes et les femmes, de l'esclavage en usine ou dans les bureaux. Jean Collard l'affirme, et je le suis en celà (rappelonsqu'il fut chez d'entreprise) d'accord avec lui.

Qui peut encore croire que les syndicats gagneront la luttecontre les suppressions d'emplois ? Les travailleurs vont laisser la place à une "élite" de techniciens et d'informaticiens, une poignée d'hommes dans chaque usine, banque, administration. Par trouille la gauche ne veut pas voir les choses en face, et promet, si elle est au pouvoir, de créer des emplois (la droite fait de même d'ailleurs). Or, ce sont de minables créations d'emplois qui voient le jour, et qui ne durent pas longtemps.

Les multinationales sont arrivées à opposer les actifs aux non-actifs, les nationaux aux immigrés, ceux du Nord à ceux du Sud. Et ce ne sont pas les manifs folkloriques de travailleurs maquillés ou costumés comme au carnaval de Dunkerke, suivant des orchestres jouant de joyeux airs dont on se demande ce qu'ils viennent faire là, qui vont faire trembler le patronat. Les syndicats, en fait, ne font plus peur !

Tout cela veut-il dire que les usines, les P.M.E., les bureaux, disparaitront ? Nullement. Usines et bureaux continueront à fonctionner grâce, comme indiqué ci-avant à "une élite d'informaticiens et de techniciens". Là où bossaient 600 travailleurs, cinq ou six membres de cette élite feront fonctionner la boite. Souriez si vous le voulez, mais c'est déja pratiquement une réalité dans les agences banquaires par exemple.  Croyez vous que les emplois de caissisères existeront encore dans dix ans ? Et, lorsque tous auront été formés à l'informatique, les facteurs seront encore nécessaires ? Pas plus que les travailleurs posant les lignes des téléphones fixes, téléphones qui seront tous remplacés par les GSM.
Alors les travailleurs mis au chômage vont crever de faim ? Leurs enfants vont  "glander" et se livrer à la délinquance qui naît de la non-activité ? Non, si les richesses sont redistribuées ! Il est raisonnable de dire qu'il faudra imposer cette redistribution aux patrons, aux multinationales. Ce ne sera pas facile, mais ce n'est pas non plus impossible, car, soyez-en assurés, un jour la colère qui naîtde la misère fera peur à nouveau à nos maîtres, qu'ils soient patrons ou politiques.

Sans une transformatiion radicale de l'enseignement, on n'y arrivera jamais, la chose est sûre. Elle prépare encore les jeunes à des emplois qui vont dispâraitre. Je fais allusion ici à l'enseignement professionnel. Il est grand temps que l'école prépare des êtres qui saurons meubler leurs loisirs intelligemment. Qu'elle les intéresse, dès le fondamental,  aux Arts, à la littérature, aux activités manuelles gratifiantes, parce que exécutées pour soi-même et les siens, soit le bricolage, et oui ! Aussi le sport non professionnel, voire... la pêche à la ligne !

Jacques Prévert a écrit :

      Quand le travailleur s'endort
                    Il est bercé par l'insomnie
       Et quand son réveil le réveille
Il trouve chaque jourdevant son lit
                     La sâle gueule du travail
                 Qui ricane et se fout de lui.

La capitalisme est inhumain. Il ne peut être aménagé. Il y a donc du pain sur la planche et des combats à mener pour la redistributions des richesses  produites par "les machines" comme le disait Lafargue.

Le vieux rêve, "modernisé", est peut-être en voie de réalisation. Grâce d'une part à la technologie et d'autre part à une minorité consciente et confiante en l'avenir de l'homme, un monde d'individus libérés du travail abrutissant va naître. Quand ? Certes pas demain. Mais comme l'a dit un grand poète (moi!) "c'est dans l'obscurité capitaliste qu'il est beau de croire à la lumière libertaire!". Elle n'est encore qu'une minuscule bougie, mais un jour elle brillera de tous ses feux libérateurs, et la vie deviendra jouissance pour chaque Unique, formé à l'effort choisi des arts, de la liberté créatrice et du respect de l'autre. Ce sera la libre association des "égoïstes"...

                                                                 Puissions nous,
                                                                
                                                                 Un Premier Mai,
                                                                
                                                                 Commémorer enfin,
                                                               
                                                                 Avec grands éclats de rires,
                                                                 
                                                                 La défaite du travail...



Ces lignes et mauvais vers, je les ai écris dans "L'Anarchisme une utopie nécessaire?"  (Labor, Bruxelles, 2000).


                                                                










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Jacques Cécius 23/10/2008 10:17

Peronellement, si je considère Taleyrand-Périgord (la truffe mmmmm) comme in fin politique, c'est était quand même un grigou de la pire espèce, qui servit tous les régimes.
Il fut un des artisans de la création de la Belgique. Beau résultat aujourd'hui ! Il y avait à l'époque deux personnages cyniques : le susnommé et Metternich, qui se fichaient bien des intérêts du peuple...

Père Ruque 22/10/2008 20:24

Mon Cher Jacques, quand, à la suite d’un ouvrage sur un personnage historique, on m’a demandé ce que je pensais de Talleyrand, j’ai répondu que je ne l’avais pas connu personnellement mais au vu de ce que je crois savoir : un Evêque défroqué de la haute noblesse déclare n’avoir jamais cessé de se regarder comme un enfant de l'Église, ce n’est pas très crédible à mes yeux. Il y a quelque chose de dérangeant derrière toutes ces déclarations fallacieuses des mémoires, voire même un filigrane odieux. C’est tout de même lui qui a dit : La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée. / Le seul capital qui ne coûte rien et qui rapporte beaucoup, c'est la flatterie. On imagine une cour de reptiles rampants et sifflants prêts à tout pour une « carrière »…

C’est une déformation de ne jamais croire ce qu’on me raconte, je sais. Mais tous ces « grands personnages » mériteraient plutôt d’être qualifiés d’œdémateux tant ils en font trop Cette suffisance me déplait autant que leurs méprisables accords secrets pour régler des affaires qui regardent plutôt les autres. Rien d’étonnant que lorsqu’il retourna en enfer, le diable lui reprocha d’avoir outrepassé sa mission.
Je ne pense pas que de tels personnages bâtissent des nations dans l’intérêt du peuple. Je veux bien admettre que certains membres de la haute aristocratie agissaient dans le traumatisme d’une révolution sanglante avec l’arrière goût du sang en travers de la gorge. Ils n’aimaient donc pas ces peuples qu’ils considéraient sûrement comme une plèbe toute fraîche et dangereuse donc à contenir à tout prix...et à rentabiliser – ce qui n’apparaît pas bien évidemment dans les mémoires….ainsi que bien d’autres choses d’ailleurs, donc lecture décevante.

D’après le plan de partage de Tall., les provinces de Liège allaient à la Prusse…Quand on ma parle aujourd’hui du mythe du boche, ça me fait bien rire ! On a donc survécu à la Prusse, rayée des cartes en 1947, « responsable » de tous les malheurs allemands et surtout nazis…le bouc émissaire par excellence….
Maintenant, je laisse le soin à un lecteur de me donner l’autre face positive du personnage. Pq pas ? Il doit bien exister des inconditionnels…

Père Ruque 22/10/2008 18:08

A Piotr : que signifie : LLLOOOLLLLL ?

Siglomanie ? Un mot secret ? Une onomatopée ?
C'est très déconcertant.

Jacques Cécius 22/10/2008 18:07

Certains n'osent pas donner leur avis.C'est sûr. Le courage est une vertu qui se perd. Il faut dire que tout est fait pour que nous nous sentions obligés de fermer notre g.... !
"La vérité n'est pas toujours bonne à dire!". Voilà le slogan à la mode...

Père Ruque 22/10/2008 18:01

M.T.x.x., je suis très content d'avoir découvert un tribun dans cette tribune. Nous ne serons peut-être pas toujours d'accord sur tout mais c'est normal.
j'avais livré ma pensée dans un mail à un F. français : Jadis quand un orateur montait à la tribune, on ne s'attendait pas à ce qu'il débite des trucs qu'on avait envie d'entendre. Y avait de la harangue, des débats et une certaine forme éloquence. Je suis persuadé qu'aujourd'hui, cette frilosité à s'exprimer s'explique par la pétoche surtout qu'il n'y a pas de caviardage dans les articles. Cette peur (ou incapacité de s'exprimer) ne se justifie pas car nous ne trichons pas au jeu. Nous ne sommes donc pas des traîtres qui livrent les martingales au plus offrant.
Si Bonaparte ne se trompait pas en disant de Talleyrand : ” C’est de la merde dans un bas de soie.", il connaissait donc l'avenir...

Dommage que tous ceux et celles qui lisent les articles n'osent donner leur avis...On devrait trouver deux milles réponses à chaque article.

H.G. Wells avait prévu les cataclysmes vers les quels l'humanité se précipite, il parlait de créatures, des monstres humains qui rodaient sur une île polluée, des hommes animaux ni entièrement humains ni entièrement animaux, mais un habile mélange des deux, une création du mal, des êtres conçus par la folie d'un scientifique à l'esprit dérangé : ne pas penser, telle est la loi !