Julien Lahaut, victime de la C.I.A. ?

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Le 18 août 1950, à Seraing, importante commune ouvrière de la région liégeoise, le député et échevin communiste Julien Lahaut est assassiné.

La Belgique sort à peine de l'affaire royale, durant laquelle la classe ouvrière et les démocrates se sont battus contre le retour sur le trône de Léopold III, ce roi qui admirait les régimes forts et rêvait d'un installer un dans son pays. Contraint d'abdiquer en faveur de son fils aîné, Baudouin, en fait il gournera par personne interposée. Il est vrai que le nouveau roi n'a que 18 ans.
Lors de la prestation de serment constitutionnel de ce dernier un cri éclate dans l'hémycicle Vive la République !  L'opinion publique croira longtemps que Julien Lahaut l'avait poussé, alors qu'en fait le député Glineur en était l'auteur.
La droite royaliste fut prise d'une haine corse envers "noss Julien" (notre Julien), comme l'appelait le peuple de Serésien.

Quelques jours plus tard ses funérailles se déroulent dans un grand concours de peuple : entre 125.000 et 150.000 personnes. Les vieilles femmes se signent sur le passage du corbillard entouré de mineurs en uniforme de travail !
On craint la grêve générale. Le gouvernement est vigileant, la gendarmerie et les officiers de l'armée ont les yeux rivés sur les mines et les usines. Les travailleurs borains ont, aux aussi, la rage au coeur et les ministres la peur au ventre.

Rien ne se passera, les leaders socialistes d'alors y allant de communiqués destinés à calmer la classe ouvrière qui serait, d'après les rapport de police, capable de passer à l'action. Le Parti communiste lui-même appelle ses troupes au calme.  Finalement tout rentrera dans l'ordre bourgeois.

Né en 1886, Julien Lahaut est fils d'un syndicaliste licencié des unises Cockerill. Digne fils de son père il s'engage dans les grèves qui éclatent un peu partout, faisant des victimes à Louvain (Leuven) et Tilleur commune voisine de Seraing, en 1902.

Trois ans plus tard il créée, avec le syndicaliste socialiste Bondas le syndicat des métalos. Il sera arrêté et ensuite licencié, comme le fut son père.

En 1917 il part se battre en Russie contre les révolutionnaires. A son retour en Belgique il adhère... au Parti communiste !

En 1921 Lahaut dirige la grêve d'Ougrée-Marihaye, une importante usine métallurgique, durant neuf mois, à la grande colère des dirigeants du Parti ouvrier belge, ancètre du P.S. Il me souvient que mon grand-père maternel démisionna à l'époque du P.O.B. dont il avait été un des premiers membres à Ougrée. Le restant de sa vie il vomit les syndicaliste réformiste, le susmentionné Bondas et surtout Delvigne qu'il appelait le traître.
Lahaut connut, une fois de plus, les geôles du roi, et les dirigeants syndicalistes droitiers en profitent pour donner l'ordre de reprise du travail. Mon grand-père sera rétrogradé au rang de manoeuvre, lui qui était un ouvrier tourneur de première force. Delvigne et Bondas saliront les grêvistes dans une brochure injurieuse !

Jusqu'à la guerre Lahaut dirigea encore des mouvements de grêve. Il jouissait de l'estime des travailleurs, tant du bassin liégeois que du Borinage, région révolutionnaire à l'époque. A l'occasion de ces mouvements la gendarmerie sera mobilisée et fera preuve d'une brutalité qui n'honore pas les officiers qui la commandent. Des travailleurs seront tabassés, et un de ceux-ci, Sturbois, abattu ! 25.000 personnes accompagneront le cortège funèbre.

Le nazisme et le fascisme naissent. Lors de la guerre civile en Espagne les républicains seront abandonnés par les démocraties occidentales, et trahis par l'U.R.S.S. Les combattants de Brigades Internationales devront rentrer chez eux, laissant les républicains se battre seuls contre le sinistre Franco et ses troupes.
Après la défaite de la Républqiue des milliers d'Espagnols cherchent refugeen France où ils sont parqués dans des camps de concentration...

En mai 1940 les troupes allemandes attaquent la Belgique. Léopold III, après 18 jours, ordonne à l'armée belge de se rendre. Le gouvernement, à la grande colère du monarque choisit de partir en Angleterre, pour poursuivre la lutte contre l'occupant.

En 1941, le pacte germano-soviétique n'encourageant guère les communistes à s'engager dans la Résistance, celle-ci n'est encore qu'embryonnaire. Cependant Lahaut va diriger la "grêve des 100.000" métalos, qui restera dans l'histoire du mouvement ouvrier belge un moment historique.

Le 22 juin de la même année le leader communiste est arrêté et enfermé à la citadelle de Huy d'où il tente de s'évader. Hélas il se blesse, est repris et envoyé par la suite dans les camps, notamment à Dachau et Mauthausen, ou il sera libéré le 28 avril 1945.

Il rentre à Seraing accueilli par les petites gens qui l'attendaient, inquiets, depuis son incarcération.
Le gouvernement a ordonné le désarmement de la Résistance. Les dirigeants de celle-ci préfèrent ne pas créer des incidents qui eurent pu dégénérer et obtempèrent.

Eclate la question royale, qui verra se lever la classe ouvrière. Des grêves qualifiées d'insurectionnelles éclatent un peu partout. Les Wallons sont particulièrement opposés au retour de Léopold III réfugié en Suisse.
Le référendum qui a été organisé  a montré que les flamands sont en faveur du  retour du roi, et les wallons opposés, ainsi qu'ailleurs que les bruxellois. Néanmoins une majorité de "oui" l'emporte, les flamands étant eux-mêmes majoritaires dans le pays. Mais la classe ouvrière continue à dire "non" à celui dont elle ne veut plus. Des manifestations sont organisée. La Wallonie est en grêve.
A Liège la gendarmerie lancent des grenades et un ouvrier devra être amputé d'un pied. Suite aux incidents l'état de siège est prononcé. Il est fait appel à l'armée. Des militaires défilent dans le centre de Liège en chantant L'Internationale ! Le gouvernement a peur... La Belgique, la Wallonie surtout, est au bord de la guerre civile. 
A Grâce-Berleur, dans la banlieu liégeoise, quatre manifestants sont abattus par les forces de l'ordre. La polulation leur fera des funérailles impressionnantes. Par la suite un monument sera élevé à leur mémoire.

Léopold III abdique alors. Son fils Baudouin, trop jeunet, obéira longtemps aux consignes de son père, avant d'entrer en conflit avec lui.

Il faut en revenir au cri de Vive la République qui a été poussé, croit-on et dit-on à l'époque par Julien Lahaut qui, il faut le dire, ne démentira pas la chose.
Les léopoldistes sont déchaînés. C'est pourquoi ils seront longtemps accusés d'avoir fomenté l'assassinat du leader communiste.
Mais il faut savoir qu'à l'époque Togliatti en Italie et Duclos en France, ont eux-mêmes victimes d'attentats qui faillirent coûter la vie de l'italien, le second ne causant à Duclos qu'une peur bien compréhensible.

Ces attentats permettent de dire aujourd'hui que, bien plus quel'oeuvre des  léopoldistes, l'assassinat de Lahaut fut celle de la C.I.A. C'est ce que dira d'ailleursen 2007 un habitant de Hal, en Flandre, royaliste convaincu, au grand étonnement de la presse qui pensait que les auteurs étaient décédés depuis longtemps. Cet homme affirmera avoir participé à l'élimination de Julien Lahaut.

Un commission parlementaire d'enquête est réclamée par plusieurs députés et sénateurs ,notament socialistes et écolos, en 2001, mais en vain.  Il n'est toujours pas question de la réunir, malgré une nouvelle demande... Gageons que jamais elle ne naîtra. Il est des vérités qu'il vaut mieux que le peuple ignore !

Une anecdote : lors du 50e anniversaire de la mort de Lahaut, une séance d'hommage fut organisée à Liège. Lors de celle-ci, un dirigeant de la Fondation Jacquemotte, du nom du fondateur du P.C.B., affirma qu'une lettre anonyme était arrivée à la Fédération liégeoise, le lendemain du drame. Elle signalait que les auteurs étaient venu à Seraing dans une voiture d'une marque aujourd'hui disparue, et de couleur blanche. Cette lettre fut envoyée au Parquet. Les enquêteurs ne retrouvèrent jamais la bagnole dont question. Deux modèles semblables avaient été immatriculés pour tout le pays !!!

Il y a des années de celà, lorsque le Parquet voulu consulter le dossier qui aurait dû reposer au greffe, on se rendit compter qu'il avait disparu ! Il sollicita  alors du Parti communiste, lequel était en possession d'une copie, du fait qu'il s'était porté partie civile, de pouvoir obtenir... une copie de la copie !

La C.I.A. : Commission Internationale des Assassinats ! Voir Allende et autres...






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Père Ruque 28/10/2008 16:16

- Ce qui était déjà de très mauvaise augure...

nicolas dupond 28/10/2008 10:30

L'hypothèse de l'assassinat d'un leader de gauche par la CIA dans les années 50 peut paraître fort plausible d'autant plus qu'en 50 les communistes avaient pris le pouvoir dans les pays du bloc de l'Est et que les USA y soutenaient les oppositions notamment fascistes.

Jacques Cécius 26/10/2008 17:19

Tant fait pas Père Ruque j'apprécie ton humour.

Père Ruque 25/10/2008 22:05

Pardonne-moi Jacques: ce n'était peut-être pas l'endroit ni le moment pour faire un peu d'humour...Je respecte la mémoire de J. Lahaut...tout en haut...
L'article est édifiant. La prescription aidant, on lache le morceau quand les concernés sont morts et enterrés... prescription extinctive quant aux révélations faites...?
Tragique. Un truc d'avocat la fameuse prescription, l'art de prolonger les situations pour en faire une source de droit…

Je pense à un truc : j'aurais peut-être plus de chance de me faire éditer au Vatican/ Sa maison d'édition et une imprimerie publient dans 95 langues différentes ! Encore faut-il passer l'écremage...
Avec un piston peut-être ) à propos, avant de devenir le Pape Benoît XVI , le cardinal Joseph Ratzinger était chargé de protéger les mœurs et d’appliquer des procédures visant donc à protéger la réputation des prêtres pédophiles en attendant que l’Église mène son enquête. Il le fit pendant 20 ans !? Précisons que je n'ai pas vérifier perso. Cette source de la presse. n'empêche : LLLOOOLLLL comme dirait Piotr !

Encore un truc : alors que le gouvernement wallon venait de pondre un livre (gratuit) intitulé " le contra d'avenir " il y a qlqs années - ça ne s'invente pas - j'avais lu une des "clause" qui conseillait les gens de...rêver : Osez rêver ! N'importe quoi ! Le même jour, je ramassais dans ma boite une brochure des Témoins de Jehova intitulée " Réveillez-vous"...
Citoyens, allez donc dire à vos enfants qui cherchent désespérément du boulot de lire ce contrat d'avenir où le gouvernement les invite à rêver !

Père Ruque 25/10/2008 21:11

j'en sais rien, en plus, y n'arrête pas de bouger, ce con. On dirait un étron mobile aussi gros qu'un dome de taupe. Je viens de déboucher neuf bouteilles de beaujolpif, une de cognac et 29 bières d'abbaye (On attend "papa", celui que tout le monde aime, tu connais ? )Ensuite, on fait un sort au frometon si on parvient à l'attraper - ça va pas être triste !