La régularité maçonnique

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A la demande "unanime" d'un ami qui me fait l'honneur d'intervenir sur mon blog, j'écris ces quelques lignes concernant la "régularité" maçonnique.

Il y a quelques jours, intervenant sur un blog ami, j'ai donné ma conception de la régularité : " Est régulier celui qui peut répondre à la question "êtes vous maçon? Mes frères et mes soeurs me reconnaissent comme tel".  J'ai constaté, à mon grand étonnement, qu'après "Mes frères" le reste avait été censuré et remplacé par  (modéré)...
La chose ne m'a pas  empêché de faire ma sieste réparatrice... Après nones (après-midi).

La maçonnerie dite spéculative est née en Angleterre, personne ne le conteste, au début du XVIIIe siècle. Et plus particulièrement lorsque quatre loges décidèrent de s'unir pour former la Grande Loge Unie de Londres, et non, comme cela a parfois été écrit la Grande Loge Unie d'Angleterre qui naîtrait plus tard.
Cela se passa en 1717, dans une auberge appelée "L'oie et le grill", fleurant bon les effluves de la volaille grillée et de sa graisse "collant aux boyaux".

Les sociétés de pensée étaient nombreuses au Royaume Uni. Une de plus venait de naître. Point quetion d'initiation, de secret, de sacré. Les maçons avaient repris symboliquement quelques symboles de la maçonnerie opérative, c'est à dire majoritairement des outils servant aux bâtisseurs de cathédrales, lesquels avaient disparu depuis un certain temps. Cette franc-maçonnerie de distinguait par cela des autres clubs.

Les Tenues de loge étaient organisées dans des arrières salles d'auberges renommées pour la qualité de leur cuisine. Le Maître de la loge présidait une table bien garnie. Le frère désigné pour aider les maçons en difficulté faisait rapport sur ses activités, et les ripailles reprenaient.
Lorsqu'un impétrant était "accepté", la table était poussée de côté, un Tapis de loge desssiné à la craie sur le sol. En une dizaine de minutes le nouveau maçon était "fait". Son premier acte de frère était de payer le banquet.

Un certain Anderson, pasteur prebytérien (calviniste), qui connaissait des problèmes d'argent fut, par charité, désigné pour rédiger des "Constitutions", dûment payé pour la chose. Il n'est point sûr qu'il les écrivit lui-même. Il est probable qu'un autre pasteur, anglican celui-là, Desaguliers, rédigea ce document qui, finalement n'offre que peu d'intérêt.

Tout d'abord, mais est-il utile de le préciser (je le fais quand même), la franc-maçonnerie ne descend point d'Adam comme l'affirme le rédacteur. Pas plus qu'elle ne descend, en ligne directe, des maçons opératifs. Rien, en tous cas, ne le démontre cette filiation opératifs - spéculatifs.

Il est dit dans les "Constitutions d'Anderson (!)" que ne peuvent être maçons : les femmes, les esclaves, les boiteux, les bigles, les bougres (homosexuels), etc... Il est stipulé que les frères ne peuvent être "des athées stupides ni des libertins irréligieux".  Bref le franc-maçon devait croire en Dieu. C'est encore une obligation selon les obédiences "régulières", et notamment la "Grande Loge mère du monde", la Grande Loge Unie d'Angleterre".

La pupart des frères étaient anglicans "soft", protestant latidunaristes (libéraux),  unitariens, théistes, déistes. Il faut ajouter à cela quelques catholiques qui seraient qualifiés de nos jours de modernistes, et une poignée de juifs en rupture de judaïsme orthodoxe. Bref, un oecuménisme avant la lettre, qui ne pouvait plaire au Vatican, d'où l'excommunication par le pape Clément XII. En ce qui concerne les unitariens, il faut souligner que Désaguliers était un disciple de Newton, unitarien déclaré.

La maçonnerie n'accordait point d'importance à un quelconque secret. Pas plus qu'au concept d'initiation, qui ne vit le jour que trois ans plus tard, grâce à l'ouvrage d'un certain Pritchard, adversaire de lamaçonnerie, qui écrivit "La maçonnerie dévoilée". Les maçons étaient à ce point "secrets" qu'ils défilaient en rue vêtus  de leurs "décors".

En 1739 une "margaille" (dispute en patois wallon liégeois) éclata. Certains, les Antients, reprochant aux Moderns d'avoir pris avec les anciennes coutumes des maçons opératifs des libertés coupables. Les  Antients tenaient à la croyance au Dieu de la Bible plutôt qu'à un Grand Architecte de l'Univers ("le mec des mecs" comme l'appelait Pierre Dac dans un rituel de son cru), trop abstrait.

En 1813 les deux tendances se réconcilièrent, mais, en fait, les Antients avaient triomphé, et la relative tolérance des Moderns passa à la trappe. Ce fut la naissance de la Grande Loge Unie d'Angleterre (United Grand Lodge  of England), théiste stricte. Le Grand Architecte ne pouvait être une "puissance" anonyme, bien cachée dans les nuages, mais Dieu. Point barre !

De nos jours, comme un représentant de la G.LU.A. l'a déclaré lors d'un colloque organisé à l'Université Libre de Bruxelles, il y a quelques années, il est exigé des candidats qu'ils affirment croirent en Dieu et en l'immortalité de l'âme, mais que, finalement, "on ne grattait pas pour voir ce que les impétrants entendaient par Dieu". Il aurait pu ajouter que, tant en France qu'en Belgique, bon nombre de frères "réguliers" sont agnostiques, voire athées !!!

Bref, pour être reconnus maçons authentiquess et régulier Londres exigeaient que les frères soient, extérieurement croyants et se déclarent tels. Belle hypocrisie en fait.


A suivre.








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Père Ruque 29/10/2008 09:42

Une petite parenthèse, Jacques, sur le XVIIIe S. où l'on voyageait énormément - ce qui est aussi - à mon sens- une caractéristiques des FM, assez souvent dans des conditions épouvantables.
Fielding1 décrit des séjours dans des hôtels louches, véritables coupe-gorge où il côtoyait des escrocs et des aventuriers minables dans les mésaventures de Tom Jones,… C'est vrai aussi qu'en dehors des ripailles, il y avait de bonnes auberges et j'imagine qu'il devait exister des grandes tables - là, tu vas tiquer - ou l’on pratiquait le baise-main... Comme aujourd'hui d'ailleurs, c'est ainsi que je vois des gus attrapper la main d'une femme et la lécher carrément...En fait, on attend que la dame présente sa main pour esquisser le geste sans appliquer les lèvres, à moins que la dame fasse partie de nos intimes. On n’esquisse pas le baise-main si la main est gantée de blanc ou non et l’on ne baise jamais la main d’une demoiselle.On ne baise pas non plus la main en rue, ni dans un lieu public, ni au restaurant, ni au théâtre, sauf dans une loge(de théâtre).
(Yo, mec ! T'es louf ou quoi ? Amène ta meuf, t'as quinze métros de retard, toi !)

Je pense qu'on se serait amusé parce qu 'on s’exprimait aisément en français qui était la langue internationale, alors atout considérable.

Il faut dire aussi - ça n'engage que moi bien entendu- qu'un banquet où règne un esprit fraternel et sincère, les assiettes en carton et gobelets en plastic ne gâchent rien surtout qu'il se trouve toujours un frère pour apporter un truc en général plutôt délicieux. C'est aussi cela la fraternité et ces gestes d'attention pour les autres est aussi quelque chose de très touchant, comme cette main tendue dans l'épreuve ou la difficulté. De tels hommes possèdent une richesse incommensurables.

Jacques Cécius 28/10/2008 19:19

Merci Père Ruque, tu es trop gentil.

Père Ruque 28/10/2008 16:12

Merci pour cet article( trop court, vraiment trop court et) très instructif voire révélateur. Je dois avouer que j'ai eu à certains moments l'impression d'"être à table" et ça me plairait assez de "repartir en voyage" ! (: y a-t-il un service régulier, Jacques ?)

Franchement, c'est le seul et unique blog où je prends un réel plaisir non seulement à lire, m'instruire, mais aussi à participer dans la mesure de mes moyens.

Les "réguliers athées agnostiques" serait donc un...truisme ?
En fait, Nicolas, s'ils s'engagent à respecter cette règle de travailler en vase clos, c'est donc un choix moral ? Crois-tu vraiment qu'à partir de çà, ils en souffrent ? Je l'ignore.
Il y a encore une question qui se pointe dans ma cafetière en ébullition : Pourquoi s'engager dans cette voie ? Y a-t-il une forme de prestige ? ( on retombe dans les marques, là.)

nicolas dupond 28/10/2008 10:48

Il est sur que certains "réguliers" (je n'aime pas du tout ce terme.)se prétendent les seuls vrais maçons.

Par contre, d'autres sont tristes de vivre en vase clos et rejoignent des obédiences "irrégulières" généralement symboliques (pour continuer à travailler comme dans leurs anciennes loges).

Les plus nombreux ne voulant pas vivre en vase clos visitent d'autres loges en clandestins, voire en comploteurs, ayant peur d'éventuelles sanctions pour certains.

Cette situation est bien triste.

Pour conclure, je vois que dans toutes les obédiences, il y a des Frères très avancés en grade et qui n'ont pas encore réussis à se débarrasser de leurs aspérités. Ca aussi, c'est triste.

Jacques Cécius 27/10/2008 18:26

Je vois de qui tu parles; Steph.
Il ne se prend pas pour la moitié d'une boite d'allumettes. Pauvre Michou, va !