Du pastorat à l'anarchisme : Domela Nieuwenhuis

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Domela Nieuwenhuis a laissé un souvenir dans la mémoire des anarchistes d'aujourd'hui. Il est vrai qu'il fut une personnalité d'exception.

Né en 1848 à Utrecht, il est très tôt attiré par le ministère pastoral et entreprend les études ad hoc.
En 1870 il est désigné comme pasteur luthérien, dans un pays à forte dominance calviniste dans le Nord, et catholique dans le Sud.
La morale prêchée par Jésus est la base de sa foi. Probablement l'homme Jésus l'attirait-il plus que l'homme-Dieu. Mais il ne s'agit que d'une hypothèse basée sur la suite des évènements.

Sa première prédication est basée sur l'Evangile de Matthieu, ch. 13, vers? 52 : C'est pourquoi tout scribe instruit de ce qui regarde le Royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses anciennes et des choses nouvelles.

Eclate la guerre franco-prussienne que le falot Napoléon III s'imaginait pouvoir gagner. On sait ce qu'il en advint : la France dû capituler, et ce fut la résistance parisienne,  la Commune et sa répression féroce par Thiers, le nabot sanglant. La bourgeoisie chrétienne (ou non), avait tremblé. Elle se vengea férocement.
Notre pasteur fait alors imprimer des affiches rouge avec une croix blanche. Il entreprend de réunirles chrétiens pacifistes dans un temple baptiste. A l'issue de cette réunion est créée "La Ligue de la Paix".

Domela Nieuwenhuis poursuit sa carrière de pasteur atypique, et en même temps organise des réunions où sont invités les prolétaires et les miluitants pacifistes. De plus en plus il sent monter en lui la révolte contre les conditions de vie des travailleurs hollandais. A quand la révolte définitive qui brisera le joug ? Voilà le cri qu'il lança aprèsavoir étudié les conditions dans lesquelles les tourbiers travaillaient. On imagine la tête de ses confrères...

On lui retrire sa cure. Il  est nommé dans la paroisse de Beverijk, où l'on espère qu'il se calmera. Thème de son premier sermon : Tout ce qui n'est pas le produit d'un conviction est péché. (Epitre de Paul aux romains, ch. 14, ver. 23).  De quoi remuer les chrétiens tièdes se trouvant ce dimanche là dans le temple.

Hélas son épouse meurt en couches. Sa foi en prend un coup : Je ne pouvais pas conserver la foi en un Dieu d'amour après l'expérience par laquelle je venais de passer.
Cependant il tente de réagir. Il s'engage de plus en plus dans le mouvement pacifiste. Il écrit dans "Onze Tijd" (Notre temps) "Le Monde en folie". Il prône l'arbitrage international, la réduction des budgets de guerre dans les différenbts pays, l'indépendance des colonies, etc.

R emarié, il perd sa seconde épouse.  Le malheur s'acharne sur lui. Il a quatre enfants dont il doit s'occuper seul. Il croit de moins en moins, et se sent mal à l'aise dans ses fonctions de pasteur. Il en arrive à croire que sa mission est de contribuer à créer le ciel ici-bas, puisque l'autre n'existe probablement pas.

Il se met à donner conférence sur conférence, appelant ses concitoyens au socialisme libérateur, mais il mourrisait l'idée que les Eglises prendraient elles aussi position en faveur des délaissés de la société. Plus tard il écrira : l'Eglise est un instrumant qu'emploient les classes possédantes pour imposer silence, grâce aux promesses d'une éternité bienheureuse aux soit-disant basses classes.

Son Eglise s'inquiète de plus en plus de ses postions qui soulèvent la colère de beaucoup de paroissiens. Ses sermons, imprimés, font le tour desparoisses. Les autorité de l'Eglise sont pour le moins dubitatives. Que faire de ce pasteur qui écrit  Là ou l'homme accomplit son devoir, où il travaille pour fonder sur l'amour le bonheur de sa famille, pour épargner à un frère les vexations et les souffrances; là où il veut obliger autrui et édifier la société sur les bases du droit et de la raison (...) nous pouvons parler alors de religion.

Il rédige sa dernière prédication sur le thèmle bien connu "on ne met pas des pièces neuves sur un vieil habit". Ce sermon est lui aussi imprimé et sa diffusion est un succès.

Domela Nieuwenhuis n'est plus pasteur. Il se lance alors dans les luttes sociales. Il parcourt le pays,  édite des tracts, collabore à des revues socialistes, et fonde lui-même "le journal "Recht voor Allen" (Droit pour tous)., dans lequel il explique ses positions de socialiste et de libre-penseur.
Il publie différents ouvrages : "La religion contre la raison" - "Avec Jésus" - et d'autres encore.

Il est élu dans une circonscription frisonne mais se rend vite compte de ce que l'action parlementaire ne fait guère avancer les choses, c'est du moins ce qu'il pense.. Il rompt alors avec le Social Démocratische Bond, et l'Internationale.Il est devenu antiparlementaire.

Il publie en 1897 "Le Socialisme est en danger". L'édition française est préfacée par Elisée Reclus lui-même.
Domela Nieuwenhuis dénonce l'évolution du socialisme vers une tendance socialiste libérale molle. Le fait est que les dirigeants socialistes se "droitifient" de plus en plus.
C'est l'époque du Congrès de Zurich, durant lequel les deux tendances se manifestent : parlementaire et antiparlementaire. On abouti à un comprmis sans consistance...

Notre ex-pasteur va alors concentrer ses attaques contre la sociale-démocratie, et propose le socialisme libertaire. Il a lit et approuve Bakounine qui a écrit L'Etat  n'est point la société, il n'en n'est qu'une forme historique aussi brutale qu'abstraite.

Le socialsite collectiviste belge César De Paepe l'avait précédemment invité au Congrès de la Libre-Pensée à Bruxelles, en 1880.  En 1904 il participe au Congrès des fédérations de la Libre-Pensée à Rome. Il prend la parole et déclare pendant une huitaine d'années j'ai eu cette naïve idée qu'on peut transformer l'Eglise et la pousser dans la voie du progrès. (...) Après j'eu une autre naïveté, celle de croire qu'on pouvait réformer l'Etat dans un sens large et bienfaisant. (..) maintenant je n'ai rien à faire avec l'Eglise et l'Etat. Tout est consommé! Domela Nieuwenhuis est désormais anarchiste.

Il va encore participer à de nombreux congrès de la Libre-Pensée et à des réunions pacifistes. Nous voulons l'harmonie et voulons écarter toute dissonance, et le militarisme c'est une dissonance dansle coeur des pensées.

Alors qu'éclate la première guerre mondiale, Domela Nieuwenhuis ne reniera rien de son antimilitarisme, comme le firent Kropotkine et d'autres. Il restera fidèle à ses convictions anarcho-pacifistes, certes déçu mais jamais découragé.

Cet homme qui aurait pu faire, étant donné ses qualités intellectuelles, un carrière de parlementaire, préféra se battre pour ce qu'il croyait vrai. Il a droit à notre respect.



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nicolas dupond 12/11/2008 09:09

Une preuve encore que toutes les religions (et non pas seulement la catholique) a pour but de servir les puissants (et cela quel que soient les époques. Il en était de même du panthéisme.)

Par ailleurs, un visionnaire ce pasteur. Il dénonçait déja le social libéralisme (à la sauce royale).

piotr 12/11/2008 08:36

Il en arrive à croire que sa mission est de contribuer à créer le ciel ici-bas, puisque l'autre n'existe probablement pas.

"Nous croyons que notre mission est de contribuer à créer le ciel ici-bas non pas parce que l'autre n'existe probablement pas mais parce que nous n'en savons rien"
Piotr