Le Père Enfantin

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Il y a une quinzaine  d'années, effectuant mon pélerinage au Mur des Fédérés, au cimetière du Père Lachaise, j'en profitais, comme d'habitude, pour flâner dans ce lieu respirant la sérénité.
Mon attention fut soudain attirée par le buste d'un réformateur politique célèbre en son temps, le Père Enfantin, qui mit en oeuvre les idées saint-simoniennes, durant quelques années, à Ménilmontant.
Claude de Saint-Simon, réformateur utopiste s'il en fut jamais,, avait tenté de créer un "Nouveau christianisme", adogmatique, , ouvert à toutes les idées nouvelles, et mettant en pratique le verset bien connu du Nouveau Testament "Aimez-vous les uns les autres".

Saint-Simont pensait que cette forme de christianisme "progressiste" devait changer la société, et que celle-ci, composée de savants, de prêtres et de travailleurs, pouvait apporter au monde le bonheu que les hommes cherchaient depuis des millénaires. Chaquee profession avait, dans ce système où tout devait être mis en commun, une fonction religieuse.

Hélas, Saint-Simon ne fut pas compris comme il l'avait espéré, et se suivida 1825, laissant ses adeptes et admirateurs désemparés durant quelques temps.. Parmi ceux-ci Auguste Comte, père de la philosophie positiviste, et plus tard de l'Eglise positiviste qui compte  encore quelques dizaines de fidèles, surtout au Brésil. Le sanint-simonisme, organisé en Eglise, avait pour propagateurs les nommés Bazard et Enfatin.

Bazard et Enfantin finirent très vite par se séparer, le second ayant une vision mystique de la doctrine.
Enfantin véritable pape du saint-simonisme allait pouvoir organiser "l'Eglise" dans une sorte de phalanster,à Ménilmontant, comme indiqué ci-avant.

Il réunit des fidèles qui pensaient que Dieu est tout ce qui est, et que nul homme n'est en dehors de lui, Dieu étant à la fois esprit et matière, intelligence et force, sagesse et beauté. L'esprit et la chair, selon les sanint-simoniens réformés par  Enfantin, affirmaient qu'il n'y avait rien de mauvais dans la chair, par rapport à l'esprit, et que tout devait être sanctifié dans les tâches ordinaires et le plaisir.
La femme était magnifiée, avait des droits tout comme les hommes, chosepeu commune à l'époque.
Les adeptes attendaient d'ailleurs la "femme Messie", Saint-Simon ayant été "l'homme Messie", et Enfantin "le Père". La femme avait, au sein de la ommunauté de Ménilmontant, des fonctions sacerdotales.
Mais la "femme Messie" se faisait attendre, malgré le fait quele Père Enfantin la cherchait assidument. Il crut d'ailleurs la trouver à plusieurs reprises, mais à chaque fois fut déçu.

Lors des cérémonies religieuses saint-simoniennes, le Père Enfantin siégeait comme un pape sur le trône de Pierre, un autre siège, vide, était placé à sa gauche, pour que la "femme Messie" puisse s'y asseoir lorsqu'elle serait trouvée.

Les fidèles pouvaient pratiquer l'amour libre basé sur "l'affection profonde". La domesticité était abolie, chacun étant le serviteur de l'autre mais aussi de la communauté dans l'exercice des tâches ordinaires. Aucune hiérarchie sociale, pas de favoritisme, un savant devant, par exemple, participer au nettoyage du phalanstère, tout comme un ouvrier.
Les vêtements que portaient les saints-simoniens se boutonnaient par derrière, de manière à ce que chacun ait besoin de l'autre.

Bien vite les saints-simoniens se virent accusés de meours dissolues et scandaleuses ainsi que d'association non autorisée. Le Père Enfantin fut condamné à une année d'emprisonnement, et le phalanstère perdit ses membres l'un après l'autre. Le Père Enfantin décida alors que ses disciples pouvait quitter la communauté.
 Il se mit à voyager, accompagné de quelques fidèles, et ils créèrent des communautés minuscules dans le Sud de la France, en Turquie, en Afrique , continuant à chercherla "femme Messie" mais  en vain.

Bon nombre de saint-simoniens se mirent au service de la science et de projets  tels que la canal de Suez et le chemin de fer. Tous restèrent fidèles aux idées, certes généreuses, mais utopiques aux yeux du monde du Père Enfantin qui mourrut en 1864.

Encore aujourd'hui il arrive qu'un modeste bouquet soit déposé là ou dort celui qui avait rêvé de la société idéale, comme tant d'autres...

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Jacques Cécius 07/12/2008 15:39

Il existe au Brésil une Eglise positiviste, moribonde.

nicolas dupond 12/11/2008 09:18

A noter néanmoins que le positivisme (et non le saint simonisme qui est précurseur tant soi peu de l'anarchisme) a été appliqué en partie au Mexique pendant le Porfiria par les scientificos.

Porfirio Diaz faisait partie de ceux qui avaient renversé Maximilien 1er et les conservateurs mais il était à comparer à un Pinochet et à tous les dictateurs s'étant succédés en Amérique Latine pendant plus de 100 ans (avantages à l'oligarchie...).

Au tout début, la révolution mexicaine menée en partie par les anarchistes a eu d'ailleurs pour but de le renverser.

Le postivisme n'est pas que positif s'il n'est entendu que sous le sens du positivisme industriel et commercial. Quelquepart ce positivisme là ressemble à ce qu'on connaît aujourd'hui.

piotr 12/11/2008 08:21

J'ignorais