Anarchisme et christianisme

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Le théologien protestant Jacques Ellul, français, mais mieux connus dans les pays anglo-saxons et skandinaves (!) a écrit, dans "Anarchie et christianisme", la Table Ronde éd., Il y a toujours eu un anarchisme chrétien ! A toutes les époques, il y eut des chrétiens qui ont redécouvert la simple vérité biblique, soit sur le plan intellectuel, soit mystique, soit social. (...) les vrais caractères de l'Anabaptisme, qui récuse la puissance des autorités (...) A vrai dire il le payèrent très cher, et Luther ne fut pas pour rien dans la répression féroce qui s'abattit sur eux... Il est vrai que le réformateur savait se placer du bon côté de l'épée, et ramper, quelques fois, devant les puissants.
Ellul cite le téologien Blumhardt qui, à la fin du XIXe, réclamait un christianisme anarchiste. Lors d'un congrès "rouge" il déclara Je suis fier d'être devant vous comme un homme tel qu'il est, alors que la politique soit damnée ! Telle est la vraie essence de l'anarchisme : devenir un homme, oui. Un politicien, jamais !

Nous citerons aussi le grand Kierkegaard, père de l'existentialisme : Rien, rien, aucune erreur, aucun crime n'est aussi horrible devant Dieu que ceux qui sont le fait du pouvoir. Et pourquoi ? parce que ce qui est "officiel" est impersonnel, et à cause de cela, c'est la plus profonde insulte qui puisse être faite à une personne.

Le F.°. Michel Bakounine, quant à lui,  a écrit L'autorité c'est la négation de la liberté. Dieu, ou plutôt la fiction de Dieu est donc la consécration et la cause intellectuelle et morale de tout esclavage sur la terre, et la liberté de l'homme ne sera complête que lorsqu'elle aura anéanti la fiction néfaste d'un maître céleste.
Dans mon modeste ouvrage  "L'Anarchisme : une utopie nécessaire?", Labor éd., j'ajoute Bien dit, Bakounine, encore que... 

Emmanuel Mounier, père du personnalisme, dont certains partisconfessionnel ou non, se réclament encore aujourd'hui, a rendu un bel hommage au anarchistes :  L'offensive des anarchistes contre Dieu n'est pas essentiellement, comme celle du marxisme, une démarche scientifiquez, une négation, elle est une révolte d'hommes, une insubordination.

Quant à votre serviteur il fait une différence entre le Dieu des religions et celui auquel il croit, et qu'il ne peut définir car il restera toujours inconnaissable à nos intelligences humaine, comme me l'a écrit un jour le grand maçon que fut Marius Lepage, successeur d'Oswald Wirth à la tête de la défunte revue"Le Symbolisme".

Depuis qu'existe le christianisme, qu'inventa (le terme n'est pas péjoratif) l'apôtre Paul, qui ne connut jamais Jésus, les clercs ont trahi continuellement, à quelques exceptions près, et apporté leur soutient aux puissants. Le résultat fut que des hommes et des femmes, profondément chrétiens, se détachèrent des Eglises. Citons les vaudois, les béguins, Menno Simons, Mgr Grégoire, Lamenais.et autres qui subirent les foudres de Rome. Est-il injuste de dire que cette dernière ne fut chrétienne que de nom ? Et qu'il en va de même pour les Eglises issues de la Réforme?
Oh, il y eut bien quelques belle encycliques comme "Rerum novarum" du pape Léon XIII, fin politique qui se rendait compte que les masses se détachaient de son Eglise. Encyclique qui disait aux patrons, en quelque sorte, "soyez gentils avec vos ouvriers, payez le pour qu'ils puissent nourrir leur famille. Et vous, ouvriers, travaillez pour que vos patrons puisse s'enrichir." J'exagère à peine. Mais en même temps les prêtres"progressistes" recevaient de solides coups de crosse ou étaient excommuniés...

A peine nées, les Eglises créèrent des hiérarchies. Le ver était dans le fruit ! Et Jésus trahi, lui qui engueulait les puissants et les "curés" de son temps. Lui qui disait "Heureux les affamés et les assoifés de justice..." - "Heureux les persécutés pour la justice...". Qui traitait ses coreligionnaires de "sépulcres blanchis" !

La bible hébraïque, le Tanak, est truffé de génocides. Dieu était loin d'être pacifiste ! Le grand Jaures peut être paraphrasé :  "les religions allaient porter la guerre comme le nuée porte l'orage" !

Mes amis libertaires sont, à juste titre, révoltés contre l'idée de l'existence d'un Dieu, puisque celui-ci, dont on dit qu'il est amour, enjoignait à son peuple de raser les villes conquises, après avoir passé les habitants au fil de l'épée... Le Dieu Tout Puissant le voilà !

Mais Dieu ne peut être, s'il est amour, que Tout Impuissant ! Il n'y a pas d'amour là où Dieu limite la liberté des hommes. Là où il a pouvoir sur les hommes. Oui, si l'homme veut se libérer, il lui faut tuer ce Dieu là ! Le Dieu "bouche-trou" comme l'appelait le théologien Paul Ricoeur.

Tout anarchiste, bakouninien, proudhonien, stirnerien, peut reconnaître que ce qu'a dit Jésus sur les bien de ce bas monde est important.
Entendons nous souvent prêtres et pasteurs prêcher sur la vanité des biens matériels ? Sur les fait "qu'il est aussi difficile à un riche d'entrer dans la Royaume qu'à un chameau de passer par le fil d'une aiguille"?
 
Tolstoï, excommunié par l'Eglise orthodoxe, était anarchiste. Il condamnait avec une certaine violence verbale les propriétaires terriens, les riches, et prônait la reconnaissance de la dignité des moujiks et des plus pauvres. Mais il continua toute sa vie à croire en Dieu.

Le combat entre croyants libres et incroyants n'a plus de raison d'être lorsque le monde est au bord du gouffre. Mais au contraire, il faut que ceux qui croient que l'homme à la possibilité d'être libre un jour, s'unissent pour dénoncer les puissances "sataniques" : capitalisme - intégrisme religieux - guerres - exploitation des peuples les plus pauvres - socialisme autoritaire - pollueurs.

Voilà ce que je crois... Bien modestement.
Je ne vois aucune incompatibilité entre ma foi chrétienne libre et mon adhésion aux idées anarchistes pacifistes.

Mais je me rends compte, à l'instant même, de mon orgueil...  Mes idées ne vont rien bouleverser, et, en plus, n'intéresserons certainemlent pas grand monde.

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Jacques cécius 11/01/2009 17:37

Merci, Emma, pour tes commentaires.
Salut et Fraternité.

Emma 11/01/2009 01:54

La spiritualité est intime, comme la sexualité. Perso, je n'appelle pas tuer un tortionnaire être violent ni voler un oppresseur être voleur... Suffit de ne pas y prendre goût, ce que la spiritualité rend impossible.
Le débat privé / public, à l'image de l'étiquetage des chrétiens comme fous, paresseux ou assassins repose sur l'ignorance. Comme celui sur le terrorisme et le chaos anarchiste, camarade !
Surtout, comme le chante J.Brel, si c'était vrai, les dominants utiliseraient la spiritualité pour assouvir leurs perversité de malades mentaux.
Et si c'était vrai, à long terme, l'amour est la force la plus grande qu'il soit. :-)

Emma 11/01/2009 01:16

Perso, mes prières bienveillantes se réalisent de plus en plus vite. Je trouve que l'anarchie chrétienne est une voie excitante. La vie a besoin de nous, unis. Dans l'amour, nous sommes tout puissants. Vve l'anarchie ! Vive la vie !

Jacques cécius 05/01/2009 10:30

D'accord avec toi.
Les chrétiens et les autres ont fait couler le sang. Quelques anarchistes aussi..

Y 04/01/2009 18:22

"Voilà ce que je crois... Bien modestement.
Je ne vois aucune incompatibilité entre ma foi chrétienne libre et mon adhésion aux idées anarchistes pacifistes."

Pas besoin de préciser "pacifiste" derrière anarchiste puisque de base un anarchiste est pacifiste, mais derrière chrétien tu devrais : mais oui tu sais les chrétiens, ceux qui ont fait des centaines d'années de génocides, de crimes (dont le vol)... Je m'arrête là pcq j'aurais jamais assez de place ni de temps pour tout écrire. La croyance doit rester dans le domaine du privé c'est ça que n'ont pas captées les religions et leurs adeptes...