Jean Huss (1369-1415), rebelle et martyr

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Bien que n'étant pas "bien né", Jean Huss entreprend des études de théologie et accède au poste de professeur dans cette discipline, et ensuite à celui de recteur de l'université de Prague.

Avant de diriger l'université il a déja conscience de la dépravation d'une partie du clergé et, pire encore, de la hiérarchie au plus haut niveau, c'est à dire le siège de Pierre. Le pape Jean XXIII ( pas celui du concile de Vatican deux, mais l'autre), qui sera plus tard déposé pour simonie, meurtre, sodomie et autres joyeusetés vaticanesques règne en menant grand train de vie.

Jean Huss était de ceux, relativement nombreux, qui espéraient une réforme de l'Eglise romaine, influencé notamment par les écrits de l'anglais Wicliffe qui, lui, s'en prenait violemment à Rome .Mais Huss n'avait aucune envie de verser dans "l'hérésie" et l'université de Prague condamna ces écrits, mais Huss s'opposa avec force à ce qu'ils fussent brûlés. Napoléon pointait sous Bonaparte !
Orateur brillant, ses prédications attiraient les foules, à tel point qu'un noible, Jérôme de Prague devint son ami, et le restera jusqu'à la mort cruelle sur le bucher.

Le susnommé Jean XXIII avait décrèté une croisade contre le roi de Naples, Ladislas, qui soutenait un autre pape (nous étions à l'époque dite "du grand schisme"). La chose ne plut pas à Huss qui, en chaire, condamna cette initiative guerrière. Il fut dès lors menacé d'anathème, ce dont il se souciat peu, estimant que seul le peuple chrétien avait le droit de juger les actes du clergé et des princes de l'Eglise, ce y compris ceux du pape.

Jean Huss se mit à la tâche : il rédigea des ouvrages reprenant les ides qui étaient les siennes et celles de milliers de partisans.. Il soutint que seuls les justes faisaient partie de l'Eglise. Dès lors le pape en était exclu ! Le pape ne pouvait excommunier les justes. Ô horreur, il alla jusqu'à prétendre que même sans pape ni évêque l'Eglise existait par les justes.
Il n'hésita pas à affirmer que les décisions prises par des autorités pécheresses étaient nulles, l'autorité étant perdue par le péché grave. Dès lors, les fidèles devaient se révolter contre ces autorités.
La Bible, comme pour Wicliffe, était la seule autorité pour le chrétien qui devait la lire et l'étudier. Tout ce qui était contraire à celle-ci devait être rejeté.

Inutile de préciser que les écrits de Huss déplurent, c'est un euphémisme, à Jean XXIII, qui ne pouvait admettre que son autorité soit remise en cause, fusse au nom de la Bible. Huss fut dès lors excommunié, ce qui ne l'empêcha pas de dormir. En effet, les catholiques de Bohême des des régions voisines accueillirentt les idées révolutionnaires du théologien dissident.
Cependant les autorités réagirent et dénoncèrent Jean Huss au concile de Constance qui se tenait à ce moment là, et qui dura quatre ans. Ce concile était censé remettre de l'ordre dans l'Eglise qui en avait bien besoin.

Wenceslas, roi de Bohême fit donner à Jean Hus et Jérôme de Prague, qui bien que laïc n'en n'était pas moins théologien, un sauf-conduit pour se rendre à Constance, et s'y fairent entendre.
A peine arrivé dans cette ville Huss se mit à répandre ses idées avant même que le concile ne prenne position.
Il fut arrêté rapidement. Sommé de signer sa rétractation il refusa. Conséquence attendue par ses ennemis, il fut condamné le 6 juillet 1414, exclu du sacerdoce et livré à la justice séculière.
Un an plus tard, malade, affaibli par les mauvais traitements, il monta sur le bucher, malgré les objurgations du roi de Bavière à qui il répondit "Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes." Il mourrut en mêm temps que Jérôme de Prague. Les cendres des deux martyrs furent dispersée dans le Rhin.

Mais les choses n'en restèrent pas là, bien au contraire. La guerre civile enflamma la Bohême, , la Moravie et une partie de la Pologne.
Les hussites étaient séparés en deux camps : les modérés ou "calixtins", partisans de la communion sous les deux espèces, sans  plus, et les "taborites" qui rejetaient le culte des saints et le purgatoire et qui, de plus étaient iconoclastes.
Les deux branches furent réunies cependant par Jean Ziska de Trenow pour former une armée. Celle-ci vainquit celles de l'empereur Sigismond. Ziska avait établi le QG de son armée sur la montagne Thabor, non loin de Prague.

Partout les villes et bourgades se soulevaient contre Sigismond et le pape. Les troupes de Sigismond furent mises en déroute à plusieurs reprises.  Hélas, Ziska mourrut de la peste en l'an 1424. Dès lors son armée se divisa en "orphelins" qui refusaient l'autorité d'un chef , en"orébites"  qui, au contraire en acceptèrent plusieurs, et enfin en partisans du bras droit de Ziska, Raze dit "le Grand". Malgré ces division les hussites allèrent de victoire en victoire, rasant les monastères et les églises.

L'empereur Sigismond qui occupait également le trône de Bohême depuis la mort de Wenceslas "l'ivrogne" et le pape, se résolurent à négocier avec les terribles hussites. Ceux-ci furent invités au concile de Bâle, mais ne purent s'entendre avec l'ignoble Jean XXIII.

La guerre reprit de plus belle, mais les hussites, lassés de se battre subirent des défaites. De plus, les "calixtins" acceptèrent de s'entendre avec les catholiques. Il obtinrent la permission de communier sous les deux espèce du pain et du vin. Abandonnés les taborites furent défaits définitivement en 1434.

Les résistans voulurent alors rejoindre l'Eglise des Frères Moraves, ce qui eut pour résultat une scission entre ceux-ci : les utraquiste et ceux qui étaient plus ou moins partisans des idées de Jean Huss. Les uns et les autres se séparèrent de l'Eglise hussite, malgré le fait que les Frère avaient combattu aux côtés de Ziska.
Les hussites modérés décidèrent de s'agréger aux Frères qui avaient formé l'Union des Frères laquelle rejetait la papauté, et  avait formé sa propre hiérarchie.

Lors de la Réforme les Frères rejoignirent celle-ci et devinrent assez nombreux que pour former un bloc solide au sein du protestantisme de Bohême-Moravie. Il faut savoir qu'avant Luther les Frères avaient traduit la Bible en langue vulgaire.

Les armées catholiques vinrent à boût des Frères Moraves qui s'exilèrent dès lors en Pologne et en Saxe, avec pour évêque Commenius.
La plupart rejoignirent le comte Zinzendorf qui, une fois devenu évêque entreprit une oeuvre missionnaire qui devait se répandre jusque chez les inuits.
John Wesley, fondateur de l'Eglise méthodiste, se convertit sous l'influence de Zizendorf et devint dès ce mement un prédicateur particulièrement charismatique.

L'Eglise morave adhère aux idées des autres Eglises issues de la Réforme, dans leurs grandes lignes, notamment en réduisant à deux les sacrements : baptême et communion. Elle est présente en Angleterre, en Allemagne, en Tchéquie et Slovaquie, aux USA, en Alaska, en Amérique latine, en Afrique,en Inde et à Jérusalem.

Lors de la visite de Jean Paul II dans ce qui était encore la Tchécoslovaquie, l'Eglise de Frères moraves refusa de participer aux cérémonies oecuméniques.

Notons que le président de la Tchécoslovaquie, trahie par les pays démocratique pourne pas dé plaire à Hitler, Benes, était hussite.





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Jacques Cécius 13/11/2008 19:12

Certes, l'attachement de Jérôme à l'Eglise catholique était sincère, plus que celui des "Pères conciliaires".
Et jusqu'au bout il a été fidèle à l'Eglise, donc "hérétique"...
Ce sont les affidés du pape qui ne l'étaient pas !

piotr 13/11/2008 17:22

suite ....Jérôme de Prague (Jeroným Pražský en tchèque) est un des principaux soutiens et des plus proches amis de Jan Hus. il le défend publiquement . Quand, le 11 octobre 1414, Jan Hus part pour le Concile de Constance, Jérôme l'assure de son soutien et que, si nécessaire, il viendrait au secours de son ami. Il tient parole et arrive le 4 avril 1415 à Constance. Contrairement à Jan Hus, il ne bénéficie pas de sauf-conduit impérial et ses amis l'enjoignent de quitter la ville et de retourner en Bohême. Il est cependant arrêté sur le chemin du retour, à Hirschau et mis en prison à Sulzbach d'où il est immédiatement déporté vers Constance. Là, le 23 mai 1415, il comparait pour tentative d'évasion (à une citation à comparaître, laquelle avait été émise en son absence et qu'il n'avait pu prendre connaissance). Le 6 juillet 1415, son ami Jan Hus est brûlé vif. Sa condamnation est prédéterminée par son adhésion aux thèses de Wyvlif et son admiration pour Jan Hus. Son emprisonnement est si stricte qu'il tombe malade. Il se voit forcer de se dédire aux sessions publiques du Concile, les 11 et 23 septembre 1415, il abjure publiquement et Wyclif et Hus. La même faiblesse, lui fait écrire, en tchèque, au roi de Bohême et à l'université de Prague des lettres où il écrit que « de son plein gré », il est venu à la conclusion que Jan Hus est un hérétique et que sa mort sur le bûcher était juste. Cette docilité n'entraîne pas sa libération pour autant. Son procès se déroule les 23 et 26 mai 1416. Le deuxième jour de son procès, il abjure son abjuration précédente et, par conséquent, le 30 mai 1416, il est condamné pour hérésie et brûlé dans la foulée. L'attachement de Jérôme à la foi catholique était sincère et profond. Plus que sur la base de son soutien aux thèses de Wyclif ou de son amitié envers Hus, c'est sans doute en raison de sa formidable érudition et de son éloquence que l'Église condamne Jérôme en qui elle voit un formidable critique de sa propre dégénérescence.