La mort : réflexions d'un protestant libre et franc-maçon

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Peut-être
Lorsque mon dernier jour viendra
Peut-être
Qu'à ma fenêtre
Ne fut-ce qu'un instant,
Un soleil frêle et remblant
Se penchera

Mes mains alors, mes pauvres mainsdécolorées
Seront quand même encore par sa gloire dorées;
Il glissera son baiser lent, clair et profond
Une dernière fois, sur ma bouche et mon front,
Et les fleurs de mes yeux, pâles mais encore fières,
Avant de se fermer lui rendront la lumière.

Emile Verhaeren  :" Les heures du soir".


Dans une société qui, désormais, refuse de la regarder en face, ô paradoxe, on n'a jamais autant écrit sur la mort!
Livres se voulant savants, ouvrages à prétentions philosophiques ou spiritualistes, narrations de contacts avec les défunts,et j'en passe...

Le fait d'avoir pratiquement occulté la mort - les défunts sont souvent enterrés ou incinérés à la sauvette - n'empêche nullement que les hommes continuent à se poser des questions, parfois angoissées, sur ce qui est finalement le grand moment de la vie, celui que l'homme, même entouré de ses proches vit SEUL, à l'ultime instant ou se brise son lien avec le monde...

On a beau dire et écrire que la mort se prépare, et c'est vrai, certains choisissent le refus de penser au moment où il leur faudra tout laisser. Et si, durant les années passées en ce très bas monde, on n'a cessé de pestercontre les difficultés endurées, on voudrait néanmoins qu'elle ne s'arrêta pas cette chienne de vie. "Par pitié, Monsieur le bourreau, encore quelques instants" suppliait la du Barry !

Le drame de l'homme ne serait-il pas de refuser de voir les choses en face ? Et d'abord de ne pas reconnaître qu'il n'existe RIEN de permanent ? C'est d'ailleurs pourquoi les Sages de l'Orient affirment que l'attachement est source de souffrances.

Partant de là, nous faut-il suivre les traces de ces Sages ? Devons nous mépriser la vie ? La tenir pour négligeable, à l'instar de cet empereur stoïcien apprenant la mort de son fils et disant "je n'ai jamais cru qu'il était immortel !" ? Nullement. Je dirai même : au contraire. Mais il serait temps que nous vivions la mort à chaque seconde de notre existence, et que pour vivre intensément chaque instant de notre vie terrestre nous devons mourrir à ce qui était l'instant d'avant. Faute de quoi la vie n'est alors que mécanique.
Mourrir n'est pas un évènement qui nous attend dans un avenir plus ou moins lointain. Vivre le quotidien comme une succession de "départ" est un exercice qui peut aider à considérer ce moment comme un démantellement de notre personnalité extérieure, dont le centre est notre tout petit "moi".

"Moi" ! Le mot est laché... L'attachement à l'égo, comme tout autre d'ailleurs, peut être source de souffrance, comme nous l'écrivions plus haut, et comme tant l'ont dit avant moi, et mieux que moi, qu'ils aient été croyants ou non.
Il nous faut faire un travail de "démolition" pour devenir perméable à l'Etre, et ainsi devenir à même de le manifester par son oeuvre dans le monde. (Ami(e) n'oublie pas que je crois en Dieu).

Le drame de l'Occident chrétien n'est-il pas pour une bonne part dans l'idée de la mort véhiculée par les Eglises se réclamant du rabbi Jeshoua, qui vécu il y il y a deux mille ans en terre d'Israël-Palestine ? Il suffit de regarder les fresque horribles qui décorent certaines églises, sur lesquelles nous pouvons voir les démons poussant les damnés vers "l'étang de soufre et de feu qui ne s'éteint jamais".

Il me souvient qu'enfant je méditais devant une telle fresque dans l'église de mon patelin, fresque aujourd'hui recouverte de couleur blanche, Dieu merci. Je la regardais en me disant que c'était là, peut-être, le sort qui m'attendait si je continuais à être l'enfant rebelle que j'étais (Je n'ai pourtant jamais changé !).
Le soir, souvent, avant de m'endormir, je pensais à ce que pouvaient être les peines éternelles, et cette idée m'angoissait, je l'avoue.
J'ignore si j'en suis totalement remis. Quelques scories encore brûlantes subsistent peut-être dans mon inconscient...

Hélas, chaque fois qu'une religion se change en un système de dogmes étroits et de règles morales auxquelles on ne peut déroger sans être condamné, chaque fois que les religions deviennent des doctrines, et rien que des doctrines, elles empêchent l'homme de grandir et de laisser l'Etre grandir en lui.

La survie dans leJudaïsme :  L'idée de survie et de résurection est venue tardivement dans le Judaïsme. C'est en fait au XIIIe siècle que Maïmonide a inclu cette idée dans ses 13 actes de foi. Etant entendu que l'idée d'une forme de survie était bien antérieure, mais ellene  prendra toute son importance qu'avec Maïmonide.

La bible hébraïque, le Tanak, ne parle guère de la vie après la vie parce que, disent les théologiens juifs, le Livre a été écrit pour éclairer les hommes sur la vie d'ici-bas. Voilà pourquoi les prescriptions éthiques sont tellement importantes, des prescriptions qui ne peuvent s'incarner, bien entendu, que sur cette terre.

Le psalmiste n'aspire pas à mourrir pour rencontrer Dieu, parce que dans la mort il n'y a plus possibilité de le louer ! Or, l'homme n'a-t-il pas été créé pour la louange ? L'ensemble du Judaïsme montre que le rôle de l'homme est de réaliser le royaume de Dieu sur la terre.

L'homme ne saurait se représenter la vie future. Si le Tanak n'explicite pas le vie dans l'au-delà c'est que l'homme ne saurait la comprendre.
La mort n'est donc pas la préoccupation principale des adeptes du Judaïsme.

Il faudrait encore évoquer le Shéol, le lieu où les âmes errent dans l'attente de voir la face de Dieu. Mais il est plus utile, peut-être d'évoquer quelques points de la tradition juive, notamment prises dans le Talmud, comme celle qu'après le "départ", subsiste une forme de lien entre le corps et l'âme, qui va en décroissant. Après le trépas il y a directement un lien durant deux périodes qui sont : d'abord les sept premiers jours, ensuite l'année qui suit le mort. La coupure n'est donc pas brutale sur le plan de l'âme. C'est dans le courant de cette année que l'âme sera jugée.
C'est pour celà que le Kadich, la prière dite "des morts", qui est également une sanctification de Dieu, on ne la récite que durant onze mois, parce que le douzième est la période maximale du jugement. Après onze mois l'âme est débarassée de sa gangue terestre et qu'elle fait partie du monde des bienheureux.

Terminons cette trop brêve évocation de l'idée de mort chez les adeptes du Judaïsme par ces mots du Talmud Une heure de bonnes actions dans le monde est plus importante que la vie du monde futur !


Un contentieux entre catholicisme et protestantisme : le purgatoire  :

Pourquoi cette "hostilité" du protestantisme à l'idée du purgatoire ? Chacun sait que l'idée centrale du protestantisme est la salut par la foi seule, et non par les oeuvres, qui sont néanmoins importantes. L'homme ne saurait se sauver seul, par ses propres efforts, mais seullement par la reconnaissance de l'efficacité de la grâce de Dieu et par le sacrifice du Christ sur la croix, sacrifice qui a effacé nos péchés.

Or l'Eglise catholique a élaboré, au cours des siècles la doctrine du purgatoire en liaison avec la possibilité du salut par les oeuvres. L'homme qui n'a pas reconnu la valeur de sacrifice de Jésus peut alors être sauvé par un séjour dans un lieu qui n'est certes, pas le Club Med  mais où il se purifie.
A noter que les protestants unitariens, dont je suis, n'acceptent pas cette idée du salut par la foi seule. L'homme se sauve par les oeuvres accomplies, même s'il n'a pas reconnu Dieu dans les petits qu'il a aidé.

A l'appui de la théorie du purgatoire  on relève un passage du second Livre des Maccabées, où il est question d'un sacrifice pour les juifs morts au combat. Le problème est que, tant les juifs que les protestants ne reconnaissent pas la valeur des Livres de l'Ancien Testalment écrits en grec, et qu'il ne figurent pas, dès lors, dans le Tanak ni dans les Bibles protestantes.
On peut citer également un passage de l'Evangile selon Matthieu, chap. XII, vers. 32 : Quiconque parlera contre le Saint Esprit, il ne lui sera pas pardonné, ni dans ce monde, ni dans le siècle à venir. Cela veut-il dire que dans "le siècle à venir, certains péchés pourraient être pardonnés, et qu'existe donc un "lieu" de purgation ?

Il est probable, mais pas certain, que le premier a avoir parlé d'un "feu purificateur" après la mort, ait été Origène, au IIIe siècle. Par contre Augustin prétendait  le contraire et affirmait que l'âme allait directement au ciel ou en enfer.

La doctrine du purgatoire fut définie au concile de Florence, en 1439, et confirmé au concile de Trente, conciles qui ne feront varier d'un pouce la doctrine des Eglises nées de la Réforme.


Le coran et la mort :

En ce quiconcerne l'Islam, je me contenterai de citer cette sourate  sur le Jugement :
Quand le ciel se déchirera et écoutera son Seigneur selon son devoir, quand la terre se nivellera, rejetant tout ce qui est sur elle et se vidant, et écoutera son Seigneur selon son devoir, alors ô homme, qui fait tous tes efforts vers ton Seigneur, tu le rencontreras. Celui qui recevra son livre dans la main droite sera jugé avec douceur. Celui qui recevra son livre derrière son dos appellera la destruction et brûlera dasn le brasier.

Le coran dit encore :
La terre étincellera de la lumière de son Seigneur. Le livre sera posé. On fera venir les prophètes et les témoins. Toute âme comparaîtra devant les prophètes de sa juridiction. Moïse sera pour les israélites. Jésus pour les chrétiens et Muhamad pour les musulmans. On tranchera entre les hommes selon la vérité et sans qu'ils soient lèsés. Chaque âme recevra le prix de ce qu'elle aura fait.

Je ne résiste pas à raconter cette histoire soufie :
Un musulman meurt et se trouve devant Allah. Il tremble. Cependant Allah lui dit : entre ! -Comment répond l'homme, mais il m'est arrivé de commettre l'adultère. -Je sais, car je suis Allah. Entre te dis-je. -Mais ô Miséricordieux, j'ai quelques fois bu de l'alcool. -Et tu crois que je l'ignore, moi Allah ? Entre car je sais aussi qu'un jour, sur le marché de Damas, tu a vu un petit chat malade et mouillé par la pluie. Tu l'a mis sous ton bournous, tu l'a ramené chez toi et tu l'as soigné. Alors entre !


L'athée et la mort :

Je vous livre ces lignes du frère Jean Coterau, du G.O.D.F., libre-penseur militant :

Quant aux antiques cauchemars, nous nous avouons stupéfaits d'en entendre encore parler ! Même s'il y a un autre monde, j'ai la conviction tranquille que rien ne m'y attends, ni personne, qui soit pire que la vie et l'homme, alors qu'après Ravensbrück et Hiroshima, je crois encore en l'une et en l'autre. Que même un chrétien à l'écoute se propose de m'entreprendre sur cette trompeuse sécurité, me plaçant pour un moment à son point de vue à lui, je le prierai de se référer au "Sermon sur la Montagne" : "Cherchez d'abords, aurait dit Jésus, le royaume de Dieu et sa justice" - nous traduisons : l'avènement d'une humanité meilleure - "et les reste vous sera donné par surcroît; ne soyez pas en souci du lendemain" (Mth. VI,33-34).
A quel "reste" pensait le Christ ? A quel lendemain ?
("Que l'homme soit", Fishbacher éd.).

L'essentiel n'est-il pas d'ailleurs, que suivant deux vers célèbres d'Aragon, aient été aussi "fidèles" à la commune patrie terrestre pour la rendre humaine, allant pour celà jusqu'à la mort
Celui qui croyait au ciel,
Celui qui n'y croyait pas

Travaillons généreusement,
a écrit l'écrivain catholique Chauchard, pour corriger les imperfections du monde, oeuvre des folies humaines et du hasard, rançon de notre liberté; assurer, au prix même de notre sacrifice, pour nos descendants par qui nous devons transmettre la vie et pour tout la collectivité humaine "des lendemains qui chantent"; "supérieur serra le terreau, si meilleures sont les feuilles" disait un de nos martyrs ( militant communiste) âgé de seize ans et fusillé au Mont Valérien.
Sachons envisager notre disparition en répétant en une joyeuse acceptation ces paroles du saint qui aima tant la vie, aux campagnes d'Ombrie :
"Louez soit-tu Monseigneur pour soeur notre mort corporelle
A laquelle nul homme vivant ne peut échapper.










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