L'extériorisation de la franc-maçonnerie

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N'étant pas dans une forme éblouissante, j'ai décidé de reprendre une ancienne "planche" (conférence), donnée en loge d'Apprenti il y a une dizaine d'années.

Tout d'abord une question : la maçonnerie peut-elle se compromettre dans l'osciliation du pendule politique qui, comme tout instrument de ce genre, bat de gauche à droite en passant par le centre, selon l'humeur du peuple et les promesses faites par les femmes et les hommes se présentant à leurs suffrages ? Bien entendu la réponse est NON !

Depuis un siècle et demi, en Belgique, les obédiences adogmatiques, encore qualifiées "d'irrégulières" par ceux qui se sont autoproclamés "réguliers", comprennent des libéraux et des libertaires, des républicians et des royalistes (assez peu), des unitaristes et des séparatistes, des indépendantistes (Wallons ou Flamans), et des rattachistes, mais aussi des joyeux drilles et des idéalistes (l'un n'empêchant pas l'autre), les obédiences, donc, se refusent à faire défiler leurs membres, revêtus de leurs décors et cordons, de la gare du Nord à celle du Midi selon l'itinéraire consacré par des centaines et des centaines de manifestations .

Vous entendrez dire souvent "seule la Chaîne d'Union compte" et non les prises de positions sociétales. Ce avec quoi votre serviteur n'est pas d'accord, tout du moins avec la première partie.
 Bien sûr la Chaîne d'Union est importante, je dirai même vitale car sans elle pas de maçonnerie. Et cependant les maçons dits progressistes comme il y en a, Dieu merci, beaucoup en France, depuis quelques années se battent pour soutenir les combats essentiels : droit à la dignité - au logement - aux soins médicaux - etc. Tant pour l'Occident que pour l'Orient ou l'Afrique. Mais aussi lutte contre les "innaceptables" :  xénophobie - fascisme - populisme.

L'idéal maçonique serait-il seulement de réaliser la notion de convivialité (ce qui ne serait déja pas si mal) pendant que meurent (crêvent ! ) de pauvres hères, des enfants, faute de nourriture et de médicaments.
Notre société, au sein de laquelle les rapports humains sont de jour en jour plus tendus, qu'il s'agisse de conflits armés ou de conflits de classes, risque de périr si elle n'est pas capable d'introduire d'autres motivations que le pognon, le confort, l'hédonisme et la recherche débridée de tous les plaisirs qui conduisent l'individu à oublier les autres individus. Seule la solidarité est génératrice de progrès véritable, celui qui fait que l'homme peut grandir.

Or, si nous ne sortons jamais de nos loges  nous nepourrons faire avancer les choses. Certes, par nos débats nous lançons des idées, mais elles doivent se concrétiser au dehors. Nos FF.°. et SS.°. français ne craignent pas de le faire à certaines occasions, pour défendre la laïcité ou la démocratie (pléonasme !). Le Grand Orient de France est un exemple de ce que doivent faire les maçons. Lénine (je ne suis pas communiste) disait la pratique sans la théorie n'est pas grand chose, mais la théorie sans la pratique n'est rien ! .

Cependant je trouve très belles ces paroles de Lamartine s'adressant, en 1848 à des francs-maçons (il n'en n'était pas) :  Vous écartez tout ce qui divise les esprits. Vous professez tout ce qui unit les coeurs. Vous êtes des fabricants de la Concorde. Vous jetez, avec vos truelles, le ciment de la vertu dans les fondements de la société."

Lamartine parlait bien ! Mais qu'est-ce que les lépreux de notre société peuvent faire avec de belles paroles ?
Comprenez-moi bien, je ne prône pas l'union de la maçonnerie avec telle ou telle philosophie politique, ce qui ferait cesser  l'Ordre maçonnique d'être ce à quoi il est destiné : faire progresser ses membres et l'Humanité. Comment concevoir une franc-maçonnerie socialiste, anarchiste, centriste, écologiste, etc. ? Pire encore, comment imaginer des francs-maçonneries opposées entre-elles lors de scrutins électoraux ?

Non, l'extériorisations de la maçonnerie doit se faire lorsque des dangers se profilent à l'horizon, comme c'est le cas actuellement : montée des intégrismes religieux - populisme et fascisme, qui sont proches l'un de l'autre, montrant leur sale gueule et excitant les autochtones contre les allochtones - laïcité menacée de manière "soft" - enseignement officiel de plus en plus critiqué par ceux qui ont intérèt à le voir décliner - emplois menacés - j'en passe et des pires. Et bien, là, je vois très bien les obédiences maçonniques dans la rue, aux côtés des organisations qui refusent le capitalisme débridé et inhumain - l'intégrisme religieux - les agissements, dignes de gangsters, de certains grands banquiers - etc.

La franc-maçonnerie ne doit pas continuer à se tenir à l'écart, dans notre pays, des luttes essentielles. Elle se doit de prendre position. Dans le passé il en fut ainsi en Belgique, et la maçonnerie se portait bien. Elle combattait le Parti catholique avec force et vigueur. Ce combat était nécessaire alors. Il en est d'autres, bien plus important aujourd'hui. Et nous ne bougeons pas !

Mais si l'Ordre doit s'engager, il doit aussi rendre aux hommes, qui plus que jamais en ont besoin, la confiance en eux-mêmes, plus exactement en leurs possibilités qui sont grandes. Il faut qu'ils soient encouragés à le faire. Il faut aussi que ceux qui se battent pour de nobles causes, pour la survie de la démocratie, voient que les francs-maçons se trouvent à leurs côtés.

La franc-maçonnerie aura accompli sa mission lorsque ses membres considèreront qu'ils doivent rappeler les puissants à l'ordre, et dénonceront les détenteurs d'une "vérité" politique nauséeuse qui aujourd'hui participe au pouvoir dans certains pays, la Suisse par exemple.

Le profane (je déteste ce mot) qui sollicite son entrée en loge parce qu'il cherche l'explication, jamais trouvée d'ailleurs, de sa propre destinée et de celle du monde, se trompe lourdement. Il n'y a pas de grand secret maçonnique. Lors de la cérémonie d'acceptation, le Saint Esprit ne descend pas sur lui pour lui donner la science infuse. La place de ce profane est dans des des nombreux mouvements religieux ou ésotériques qui, eux, détiennent la Vérité vraie. Disent-ils !

Par contre, si demain notre Ordre s'engage, lorsqu'il le faut, ne reste pas au balcon quand les hommes revendiquent des conditions de vie meilleures, la justice, la dignité, on verra beaucoup plus de jeunes venir à nous, car ils sont plus nombreux qu'on ne le croit, à vouloir vivre un idéal ailleurs que dans des locaux aux sièges confortables (enfin, souvent), plus exactement, ils voudraient trouver une "organisation" qui les encourage à progresser intellectuellement et moralement, pour être utiles et savoir se battre, notamment quand les libertés sont menacées, et elles le sont, dans une certaine mesure, aujourd'hui.

Le GODF organise régulièrement des colloques, auxquels participent des personnalités du monde "profane", sur des sujets vitaux. Ainsi, philosophes, enseignants, sociologues, sans oublier les femmes et les hommes politiques, ont-ils alors l'occasion de travailler avec des maçons pour chercher des solutions et non, comme c'est parfois le cas, de coller des emplâtres sur des jambes de bois ! Les maçons qui assistent à ces colloques peuvent alors méditer sur les différentes manières de changer les choses. Ils sont prêts dès lors pour, au grand jour, défendre la Démocratie.

Il fut un temps où la maçonnerie belge s'engageait, en créant une université laïque. Un temps où des loges organisaient des envois de médicaments au républicains espagnols. Un temps où la maçonnerie du GOB et du DH combattait  le fascisme au grand jour, avant la dernière guerre mondiale. Un temps où les francs-maçons manifestaient devant la statue de Ferrer à Bruxelles, ou de Chapuis à Verviers, fiers d'être des combattants de la liberté...

Retroussont nos manches à nouveau, mes SS.°. et mes FF.°. !


PS : la "planche", bien sûr, était plus étoffée et plus longue que ce modeste texte.




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Stéphane 19/11/2008 15:33

Voici un sujet, Jacques, sur lequel nous serons toujours partiellement en désaccord. Il n'en est pas moins vrai que c'est une très belle planche.

nicolas dupond 18/11/2008 13:55

Une très belle planche qui rappelle les principes de la maçonnerie (que beaucoup ont oublié).