Un théologien catholique victime de l'Eglise : Abélard

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Pierre Abélard (1079-1142) fut un des grands théologiens et philosophes de son époque.


Avant de devenir Chanoine de Notre-Dame de Paris (il n'était pas obligatoire d'être prêtre pour devenir chanoine, chaque président de la Répuyblique française est chanoine de Latran (notamment Sarkoléon) ,et professeur de théologie, il avait eut la chance insigne (sic) d'être l'élève préféré du chanoine Fulbert, un des maîtres de son temps en cette matière.


Hélas le coup de foudre pour Héloïse, nièce du susnommé Fulbert lui tomba dessus comme la vérole sur le bas clergé ! Fulbert ne l'entendit point ainsi, et bien que l'amour d'Héloïse pour Abélard fut lui aussi très intense, il fit tabasser son brillant élève et ordonna qu'on l'émascula  !

Les projets de mariage entre les deux amoureux furent déduits à néant, de même que la carrière ecclésiastique que la victime envisagea alors, car un émasculé ne pouvait accéder au sacerdoce. Pas plus d'ailleurs qu'un handicapé physique (et à fortiori mental), ou un aveugle...

Désespérée la belle Héloïse entra dans les ordres.


Abélard n'avait plus qu'une solution, rester, comme on le disait alors, dans le siècle. Mais rien ne lui interdisait de prêcher et d'enseigner. Il fit même bâtir un couvent à Nogent-sur- Seine pour Héloïse. Elle en devint abesse.


Admirateur d'Aristote il créa néanmoins le "conceptualisme" qui affirme que les "universaux", c'est à dire le genre - l'espèce - la différence - le propre - l'accident - qui étaient enseignés dans toutes les école de théologie existaient bel et bien.  Mais la guerre éclata entre les théologiens  qui affirmaient que ces universaux étaient Cependant  il ne batailla jamais sur le sujet qui ne lui paraissait pas de première importance. Cette théorie des "universaux"  n'est d'ailleurs plus le cheval de bataille des théologiens. Passons donc...


Il écrivit un ouvrage remarquable et remarqué, "Sic et Non", dans lequel il mettait face à face les opinions, parfois divergentes, des Pères de l'Eglise. Celà déplut à Rome, et Saint Bernard fit condamner cet ouvrage. Abélard fut dès lors considéré comme "hérétique".


Qu'affirmait notre rebelle ? Où, plus exactement, quelles étaient les points considérés comme condamnables ?


1. Dans la Trinité, le Père est une puissance pleine et entière. Le Fils est vis-à-vis du Père ce qu'est l'espèce au genre, une puissance quelconque, et le Saint  Esprit n'en n'était aucune. On nageait là en plein arianisme, doctrine qui fut à l'origine de l'unitarisme actuel.

2. Le Saint Esprit procède du Père ( ce que les Eglises d'Orient professent. La plupart de Eglises protestantes aujourd'hui rejettent "le filioque" également, ce qui ne fut pas toujours le cas ) mais si le Saint Esprit est de même substance il n'est pas de celle du Père et du Fils. Notons que le "filioque fut imposé par Charlemagne à l'Eglise romaine ! ! !

3. La définition de la foi comme n'étant que l'estimation qu'on porte sur ce qu'on ne voit pas est hérétique car elle affaiblit la certitude de la foi.

4. Le corps du Christ ayant sa forme et ses traits comme tout corps humain, dans le sacrement de l'Eucharistie, les espèces (pain-vin) subsistent en l'air, et le corps du Christ ne tombe pas par terre avec elles (!).

5. Les tentations démoniqaques se produisent en nous par le contact des pierres et des plantesdans lesquels les esprits malins s'introduisent afin d'exciter nos passions.

6. Le Saint Esprit est l'âme du monde. Proposition panthéiste il est vrai.

7. Le Fils de Dieu n'a pas souffert la mort pour délivrer l'homme du péché, il ne l'a fait que pour enflammer d'amour l'homme pour lui. Il s'est incarné pour nous instruire et nous servir d'exemple.

8. Seul le Verbe est  la seconde personne de la Trinité. Le Verbe, la Parole, le "logos" des grecs, qui figure dans le Prologue de l'Evangile de Jean, et qui est Jésus en fait.

9. Les idées d'Abélard au sujet de la grâce divine  et du libre-arbitre de l'homme étaient floues.

10. Le Père n'est pas libre dans la création , il est déterminé par sa propre perfection.. S'il pouvait empêcher le mal qui arrive et qu'il n'empêche pas, le permettre serait consentir au péché.

11. Il faut exister pour pécher. Le nouveau-né ne tire pas d'Adam la "coulpe", mais seulement la "peine" du péché originel.

12. Il n'y a pas de péché par ignorance. Il n'y en a pas non plus quand on  agit selon sa conscience.

13. Le consentement qui suit la suggestion et une délectation mauvaise n'est péché  qu'à partir du moment où les accompagne une sentiment du mépris de Dieu.

14. Le pouvoir de remettre les péchés n'a été confié qu'aux Apôtres, à l'exclusion de leurs successeurs. C'est pourtant ce qui est dit par Jésus dans l'Evangile !


Aujourd'hui même de dignes ecclésiastiques se fichent comme d'une guigne de l'accusation d'hérésie qui pesa sur Abélard. Il n'en n'était pas de même au Moyen-Age. Ce genre de propositions pouvait conduire au bûcher.


A l'époque Saint Bernard de Clairvaux n'avait pour Abélard qu'une piètre estime, il s'agitd'un euphémisme, estimant que la digne scolastique risquait, à cause du malheureux théologien castré, une forme de rationalisme ! Il ne pouvait accepter que l'on puisse accéder à la foi par le raisonnement.


Abélard, outré par les accusations qui pesaieent sur lui demanda à être entendu par le concile de Sens. Il y fut condamné et contraint de se rétracter. Il voulu un moment en appeler au pape. Il n'en n'eut pas le temps, Le Souverain  Pontife  confirma les décisions du susdit concile. Il fit enfermer Abélard dans un couvent et lui défendit d'enseigner. Fatigué, il se rétracta.

Il semble qu'il jouit de l'estime des moines avec lesquels il vivait désormais.


Têtu, il conçu à nouveau le projet, malgré la condamnation papale, de solliciter audience auprès du du chef de l'Eglise romainei, mais usé par la vie ascétique qu'il menait il mourrut en route, au monastère de Chalon.


Abélard et Héloïse ne cessèrent de correspondre jusqu'à la mort de celui-ci. La tombe des deux amants platoniques (par la force des choses!) se trouve au cimetière du Père Lachaise.


Abélard : un  rebelle de plus ...









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piotr 30/11/2008 11:14

et comme d'hab .... copier-coller sur le blog des quakers ....

Une mine ....Jacques tu es une mine ....