Laïciser la maçonnerie ?

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Selon que vous serez "régulier" ou adogmatique, vous considérerez que la franc-maçonnerie est un Ordre spiritualiste, ésotérique, ou alors une organisation laïque.

Les choses ne sont pas si simples... Des maçons politiquement étiquettés à gauche considèrent la maçonnerie comme une forme de spiritualité, tandis que des maçons de droite défendent les principes laïcs. Par dessus le marché vous entendrez dire par certains " je suis athée mais spiritualiste !".

Certaines obédiences, le Grand Orient de France, le Grand Orient de Belgique, le Droit Humain (obédience mixte), n'hésitent pas à afficher se réclamer de la laïcité pure et dure, d'autres, comme la Grande Loge de France, d'une laïcité enrobée de spiritualité (n'y voyez aucune ironie), d'autres encore, telles la Grande Loge Nationale Française, d'une spiritualité sans faille, allant jusqu'à refuser de reconnaître comme frères les membres des autre obédiences.

Certaines loges d'obédiences réputées progressistes sont spiritualistes, d'autres, d'obédiences spiritualistes, voire "régulières", comptent parmi leurs membres des militants laïcs ! J'ai connu, il y a une quinzaine d'année un maçon de la Grande Loge Régulière de Belgique qui proclamait son athéisme et dont la voiture portait le logo de la laïcité !!! (ce n'était pas un "frère trois-points", mais un "frère trois points d'exclamation". Je suis un mauvais sujet, décidément ).

Bien que croyant, je n'ai jamais caché ma préférence pour une maçonnerie engagée sur le plan laïc, et, j'ose le dire, sur le plan progressiste, tout en respectant infiniment ceux qui ont fait un autre choix, cela va sans dire, mais va mieux encore en le disant.

(...) des contestatires, et non des moindres ont été et restent francs-maçons au regard de ceux qui les désapprouvaient sur le plan politique, tels Eugène Pottier, auteur de l'Internationale, initié en 1875, à la loge Les Egalitaires fondée à New York par des proscrits de la Commune, et affilié à la loge Le Libre Examen, Elie et Elisée Reclus, respectivement membres de la loge Les Emules d'Hiram, Renaissance, au Grand orient de France, Jules Vallès, membre de la loge écossaise La Justice n° 133, Jean-Baptiste Clément, auteur du temps des cerises, initié en 1898 à la loge Les Réformateurs, du Grand Orient de France à Clichy, Sébastien Faure, initié en 1884 à la loge La Vérité du Grand Orient à Bordeux, Francisco Ferrer, initié également en 1884 à Barcelone et affilié en 1890 à la loge Les Vraix Experts du Grand Orient de France. Faut-il rappeler les Grands Anciens, leprince Michel Bakounine et P.-J. Proudhon ?   ( Francis Viaud : "Mon itinéraire maçonnique", P.U.F. éd.).

Voilà une belle brochette de révolutionnaires dont, ce n'est là que mon avis mais je le partage (sic), la maçonnerie adogmatique peut s'honorer.

Cela étant, la franc-maçonnerie ne peut être une filiale de l'Union des Athées, de la Libre-Pensée, de l'Union Rationaliste, ou des mouvements de gauche. Elle peut, et dans certaines circonstances il est bon qu'elle le fasse, collaborer pour défendre les nobles idéaux de la laïcité, de l'Humanisme, mais elle doit rester elle-même.

"Laïciser la maçonnerie ?" Le titre laisse entendre que celle-ci n'est pas laïque. Cependant des obédiences le sont sans conteste. Et je suis heureux de faire partie de l'une d'entre-elles.

Par "laïciser" j'entends dépoussièrer certains rituels interminables  ( j'ai connu une loge ou les rituels d'ouverture et de fermeture des Tavaux duraient respectivement 22 et 15 minutes. Ma patience, lorsque je participais à ses Travaux, était mise à rude épreuve...

Les rituels, tout maçon vous le dira, sont destinés à créeer une certaine "ambiance" de sérieux et d'écoute de l'autre. Mais lorsqu'ils sont interminables ils créent un effet contraire. Les frères et/ou les soeurs sont fatigués avant de commener à travailler !

A contrario, une loge qui réduirait les rituels à un coup de maillet du Vénérable pour ouvrir et fermer les Travaux pourrait très bien se réunir dans l'arrière-salle d'un café, et ses membres s'envoyer un calva dans le bigophone pendant que le conférencier s'évertuerait à attirer leur attention.

Un minimum de symbolisme (j'ai bien écris "un minimum") est indispensable pour faire du Temple un espace sérieux. Je me refuse à dire, comme le font beaucoup de mes frères et soeurs, un "espace sacré".

Ouvrir et fermer les Travaux " A La Gloire du Grand Architecte de l'Univers" est la manifestation d'une forme de déisme, même si les assitants sont athées ou agnostiques.  La formule n'est donc nullement indispensable. Mais les loges qui y tiennent doivent la conserver, tout en sachant qu'in fine des frères (et/ou des soeurs) peuvent se sentir mal à l'aise, et un jour solliciter leur affiliation à une loge plus "laïque".

La Bible, ouverte au Prologue de l'Evangile de Jean, a-t-elle sa place en loge ? Il faut croire que oui, puisque des maçons n'y voient aucun mal, loin s'en faut. Mais qu'ils sachent que d'autres supporteraient mal que celà se fasse dans leur loge. Et que d'autres encore estiment que, la Bible étant un livre réputé saint à sa place dans une église ou un temple protestant, non dans une loge.

Alors,  "Laïciser la maçonnerie ?".  En 1877 le G.O.D.F. a eut grandement raison de laisser les loges libres d'invoquerou non le "Grand Architecte" et de placer ou non  la Bible sur l'autel. La plupart des loges optèrent pour la laïcisation des rituels. Et les frères qui les composaient ne devinrent pas soudain de mauvais maçons. Il suffit pour s'en convaincre de relire la liste ci-dessus.

Je pense profondément qu'il est bon, finalement, qu'existent des loges "spiritualistes" et des loges "progressistes". Pour autant qu'elles se reconnaissent entre-elles et n'imitent pas les obédiences dogmatiques, "régulières", qui, elles, excommunient.

Si des maçons se sentent mieux lorsque la Bible (ou un autre livre "saint") est exposé durant les travaux, qu'ils continuent à être heureux. Mais qu'ils sachent qu'ils donnent ainsi un argument supplémentaire aux adversaires de la maçonnerie qui parlent alors de secte maçonnique ! Il est amusant (?) de constater que Christian Plume et Xavier Pasquini dans leur ouvrage "Encyclopédie des Sectes dans le monde" (Alain Lefeuvre éd.) citent la franc-maçonnerie dans un livre où elle fait mauvais ménage avec la Scientologie, le mouvement du Rd Moon, ou les raëliens...

Le débat est ouvert. Rentrez moi dans le lard, j'ai la couenne épaisse ! Et si je me trompe, démontrez-le moi en toute fraternité.







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Jacques cécius 14/01/2009 14:59

Finalement je comprends à 100% votre position à tous les deux.
Moi même je suis spiritualiste, mais je vis ma spiritualité au sein du protestantisme unitarien.
Il est bon, c'est vrai, qu'existent plusieurs tendances au sein de la maçonnerie; Ce que je supporte très mal c'est la maçonnerie dogmatique, style GLUA

Eric 14/01/2009 11:09

Un Frère de mon Atelier se proclame "mécréant" (c'est encore pire qu'athée non ?)
Pourtant, il travaille sur nos colonnes au RER (et à la GLDF).
La bible est présente sur l'Autel... et ça ne gêne personne !
Certes, les travaux se font ALGDGADLU mais ils se font surtout pour soi et pour les autres. il n'y a aucune contrainte.
Ce Frère en question nous disait que lorsqu'il avait pris son serment, il s'était senti engagé, non pas pour sa main posée sur la bible mais vis à vis de ses Frères !
Comme dis Nicolas, le spirituel est important et consiste en un pilier perso qui te soutient dans ta vie de tous les jours.
Que tu classe ce "spirituel" dans la catégorie religion, philosophie ou autre n'a pas d'importance.

Je crois qu'effectivement, il est heureux qu'il existe des Ateliers plus laïcs et d'autres plus spirituels (mais je trouve que le mot ne convient pas)... c'est marrant, cela rejoint ce grand débat sur la Maçonnerie féminine ! (il est heureux qu'il existe des Loges masculines, féminines...)

nicolas dupond 13/01/2009 16:34

Personnellement, à la GLDF, l'invocation au GADLU ne me gêne guère.

Ce n'est pas forcément Dieu. Ce peut être l'Homme. Mais il est vrai que cela reste spiritualiste.

Je pense néanmoins qu'il faut un minimum de spiritualité dans la vie d'un homme (sans pour autant être adepte forcément d'une quelconque religion.)

Mais, c'est là que ma position disverge de nombre de mes Frères, cela n'empêche pas le combat social. Mais quand les Frères sont aisés, c'est là que le bâts blesse.

Quoique même certaines loges du GODF sont composées de tels Frères et sans l'essence sociale, une loge du GO ne peut guère vivre (pas de planches très socialement engagées) et se contente de faire du mauvais GLDF (avec un symbolisme au ras des pâquerettes).

C'est peut être dur mais cela existe.

Ma position est la suivante mais elle n'engage que moi.

Je suis à la GLDF pour la spiritualité. Et je visite des loges engagées du GODF pour le sociétal (ma bourse ne me permet pas d'être membre de plusieurs obédiences). Par ailleurs, j'essaye de m'engager sur le terrain pour défendre les valeurs humanistes (notamment au boulot où je suis bien seul.)

Pour moi, le spirituel renforce ton mental que tu utiliseras dans les combats sociaux de tous les jours.

Je sais que cela fait très troupes de choc d'Etat totalitaire (mais dans la mesure où cela est utilisée pour défendre les principes de l'ordre: liberté, égalité, fraternité) .

Mais moi, je vis mon initiation comme cela.