Jésus était-il Dieu incarné ?

Publié le

Grande, immense question, que se posent des millions d'hommes, ce y compris de nombreux chrétiens.

Une enquête menée il y a quelques années, par le Nouvel Observateur, avait démontré que les catholiques pratiquants réguleirs étaient 21% à ne pas croire en la divinité du Christ !  Pour l'ensemble des français, 48%.

Pire, 10% des catholiques pratiquants estimaient alors (le pourcentage a-t-il changé? Si oui, certainement pas en faveur de la thèse chrétienne "classique") que Jésus était un illuminé !

Si nous admettons que l'homme de Nazareth fut juif, ce qui relève de la certitude,  les musulmans le révèrent comme un grand prophète ne disent pas autre chose, il reste à se demander à quelle "secte" il appartenait.
Il y en avaient alors quatre : les saducéens, parmi lesquels était choisit le grand prêtre du Temple de Jérusalem, et qui ne croyaient pas en la survie - les pharisiens, qui observaient strictement la loi mosaïque, et s'adonnaient à l'étude - les esséniens, qui pensaient être les plus purs parmi les purs, et qui vivaient en cénobytes - les zélottes, que l'occupation romaine mettaient en rage, et qui peuvent être considérés comme des résistants.

Certains auteurs affirment que Jésus fut essénien, mais cette thèse est minoritaire aujourd'hui, après avoir connu un certains succès, à défaut d'un succès certain. Zélotte, certainement pas. Saducéen non plus, car il croyait en la résurrection des morts. Il reste alors qu'il fut pharisien, même si les Evangiles le montre enguirlandant ses coreligionnaires.

Il faut savoir que les pharisiens, s'ils étaient juifs de stricte observance mosaïque, n'étaient pas les caractériels intolérants que nous décrit, par exemple, Matthieu l'évangéliste. Il suffit de lire le Talmud pour s'en convaincre.
Les israélites d'aujourd'hui sont les descendants des pharisiens, les autres tendances du judaïsme ayant disparu après la destruction du Temple en 70 de notre ère.

S'il est, et s'il fut toujours un blasphème pour les juifs, c'est de croire que YHWH (Dieu, qui est innomable), puisse s'incarner. Jésus, juif, qui prenait la parole dans les synagogues pharisiennes, ne pouvait croire qu'il était l'incarnation du Tout-Puissant.

Bien sûr, il parle d'abondance de son Père. Mais tous les hommes, dans l'optique monothéiste, ne sont-ils pas fils du Père ? On fera abserver que certains versets font dire à Jésus "qui m'a vu a vu le Père" (verset prit parmi d'autres). Mais les Evangiles ayant été écrits plusieurs décennies après sa mort, sur base de récits oraux, on peut légitimement se demander si de tels paroles n'ont pas été ajoutées par les rédacteurs de Evangiles, ou même, plus tard, par des copistes zêlés.

Le cri poussé sur la croix "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"  va a contrario des affirmations de sa divinité.

Se crut-il investi d'une mission par le Père ? Probablement. Sinon il n'eut pas prit, par exemple, le risque de monter à Jérusalem pour la Pâque alors que bon nombre de ses coreligionnaires ne le suivaient pas, et que les romains, très certainement, commençaient à penser qu'il était un semeur de troubles.

Au sujet de cette montée à Jérusalem, au cours de laquelle on nous le montre reçu comme un roi par la population, aux cris de "Vive le fils de David" (traduction libre), est plus que sûrement un des nombreux ajouts à sa biographie. En effet, si la foule l'acclamait, pourquoi ne s'est-elle pas révoltée lorsqu'il fut condamné et exécuté ? Bien au contraire il fut l'objet de sarcasmes et d'injures !

Les Evangiles, textes respectables s'il en fut jamais, font état, néanmoins, d'évênements hautement contestables sur le plan historique.
Un exemple parmi d'autres : lorsque les "rois mages" annoncent à Hérode qu'un roi est né, celui-ci craint pour son trône. Il décide alors de faire occire les enfants mâles de moins de deux ans. Or, un tel génocide n'est pas relevé par l'historien Flavius Joseph, juif converti à la foi romaine, et qui haïssait Hérode...

Les filiations qui tendent à montrer que Jésus est descendant de David sont différentes chez Matthieu et chez Luc.

Les récits de la Passion et de la résurrection sont différents chez les évangélistes ! Pire : Jésus avait annoncé sa résurrection le troisième jour, et lorsque les femmes qui s'étaient présentées au tombeau accourent dire aux Apôtres que celui-ci est vide, Pierre vient vérifier ! Avait-il oublié ce que le Maître avait annoncé ?

Nous en resterons là quant aux évènements peu crédibles et aux contradictions, ils ne prouvent nullement que le Christ n'a pas existé, n'en déplaise à Alfaric, Las Vergnas, etc...

En fait, le premier a affirmer que Jésus était le Christ, le Sauveur, est Paul, qui écrivit ces épitres, dont on est de moins en moins sûrs qu'elles soient toutes de lui, avant que ne le soient les Evangiles.
C'est également Paul qui crééa la doctrine selon laquelle il faut croire que Jésus est venu pour mourrir sur la croix, condition exigée par son Père pour "effacer le péché originel, et de son Père apaiser le courroux" (chant du "Minuit chrétiens" dont les paroles furent écrites par un franc-maçon, Antoine Adam !). Comme l'écrivit Diderot "qui voudrait d'un pareil père?".

Paul créa donc la christologie qui, jusqu'au IXe siècle, fera débat au sein de l'Eglise entre ceux qui affirmaient que Jésus était homme plus que Dieu - Dieu plus qu'homme - Dieu et homme en une seule nature - Dieu et également homme, thèse qui finit par l'emporter.


A   S U I V R E

Commenter cet article

Jacques cécius 15/01/2009 15:05

Merci Piotr

piotr 15/01/2009 14:01

Pour ceux que cela intéresse ... nous étudions la question sur notre blog et le bouquin avec notes est disponible sur notre site ....http://www.cyberquebec.ca/theologie/

piotr

Jacques cécius 15/01/2009 11:09

Cher Nicolas.
Cette thèse me semble assez fantaisiste...
Mais sait-on jamais.

nicolas dupond 15/01/2009 09:43

Effectivement, même si on ne peut dire sûrement que Jésus était zélote, il y a une théorie selon laquelle il aurait voulu être désigné roi des juifs dans le cadre d'un complot contre les romains, Hérode étant un peu le pétain de l'époque.

Jésus serait donc un résistant nationaliste anti impérialiste prônant une idéologie politico religieuse qui aurait été trahi par certains des siens puis exécuté (sur la croix).

Jacques cécius 15/01/2009 09:39

Que Jésus ait été un zélote est assez improbable. En effet, les zélotes, hommes courageux, se seraient révoltés lors de son arrestation et de son supplice. Or, cela ne s'est pas passé. Aucun texte ne dit qu'il aurait prêché la révolte contre l'occupant romain. Au contraire : "Rendez à César ce qui appartient à César"...
Une thèse, qui se généralise chez les exégètes est que Judas Iscariote était zélote, et que, déçu par le fait que son Maître ne prêchait pas la révolte, il l'aurait trahi.
J'ai, pour ma part, assez peu confiance dans Ambelain, qui fait l'unanimité contre lui chez les exégètes de toutes tendances.