Un prêtre épris de liberté : Félicité de Lamennais

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S'il fut un prêtre épris d'humanisme, ce fut bien Félicité Robert de Lamennais (1782-1854), proche des socialistes  qualifiés par Marx et ses adeptes d'utopistes. Utopistes... est-il plus bel hommage ? On a pu voir, au XXe siècle, ce que valait le socialisme dit scientifique de Marx,  de Lénine et Staline.

Lamennais, qui n'avait pas sa plume dans la poche de sa soutane, avait vu clair quant à l'alliance du goupillon, de trône et du chassepot.

Les belles âmes de l'Eglise romaine, les monarchistes et plus tard les adeptes de Napoléon III "le petit" (Victor Hugo), le vouèrent aux gémonies et, pour faire bonne mesure, aux flammes symboliques de " l'étang de soufre et de feu qui ne s'éteint jamais."

Lamenais était breton, donc têtu, non pas comme un âne mais comme quelqu'un qui sait qu'il combat pour une noble cause. Sa famille était catholique pratiquante, fervente, et s'était réjouie de voir leur fils accéder au sacerdoce. Mais Rome ne faisait pas une bonne affaire.

Au début de sa carrière ecclésiastique il fut d'une orthodoxie parfaite, en bon breton qu'il était. Mais au plus profond de son coeur il était attiré par les idées progresssistes de son temps.
Ceci expliquant cela il avait créé une publication qui gênait fort sa hiérarchie : "L'Avenir", périodique libéral en matière de dogmes.

Lamenais rêvait d'un christianisme de bon sens, mais qui resterait fidèle à Rome. Autant rêver d'un cheval qui ne pèterait jamais !
Dans l' "Essai sur l'indifférence en matière religieuse" il prônait la primauté de la Raison collective et du bon sens sur la raison individuelle.
Pour lui la religion chrétienne avait vu le jour aux fins de "développer la foi existante dans l'univers."

L'arrivée au pouvoir du "roi bourgeois", Louis-Philippe donna l'occasion aux bigots ultramontains et gallicans de l'accuser de socialisme. Le clergé et les fidèles entraîn,és par lui se déchainèrent. On l'accusa de vouloir subordonner l'autorité de Rome à celle des hommes.

Tout était bon pour le salir : il était l'amant de George Sand, il avait des relations homosexuelles, et d'autres joyeusetés encore. Il n'en avait cure apparemment, mais il en souffrait.
Louis-Philippe lui-même entra dans la danse, et le dénonça avec hargne auprès du "Saint Siège". La délation calomnieuse eut pour résultat que le pape Grégoire XVI le désavoua vertement, à la grande joie des grenouilles de bénitier.

Pourtant, Lamenais ne se laissait pas impressionner. Bien que désavoué, et emprisonné ( ! ) dans la Maison d'arrêt de Sainte-Pélagie, il n'arrêta pas d'écrire : "Le livre du peuple" - "Affaires de Rome" - etc... Ce qui n'était pas fait pour arranger les choses.

Ses ouvrages affirment que la voix du peuple se confond avec celle de Dieu  - que devait voir le jour une nouvelle forme de christianisme, démocratique, ni romain ni protestant, ni orthodoxe, mais un christianisme "du genre humain".
C'en était trop. Son ami Lacordaire, pourtant connu pour son libéralisme modéré, l'abandonna. Ce fut pour Lamennais une désillusion cruelle.

Notre homme se lança alors dans la lutte politique, et fut élu député à deux reprises, en 1848 et 1849. Il se sentait proche de Pierre-Joseph Proudhon.

L'avênement de Napoléon III ne constitua pas pour lui une trêve. Et pourtant on ne peut pas dire que le vaincu de Sedan était un un catholique exhacerbé. Il était plutôt attiré par le spiritisme.

Lorsque Lamenais fut à l'article de la mort, ses amis interdirent aux prêtres d'entrer. Il mourut donc sans "les derniers secours de "notre Mère la Sainte Eglise".

Ses funérailles se déroulèrent au Père-Lachaise, en présence de deux bataillons de soldats chargés  de prévenir toute manifestation.

Ses adversaires cléricaux se réjouirent de la disparition du grand homme, allant jusqu'à affirmer, dans leur ignominie, qu'il était mort solitaire, puni par Dieu !

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piotr 30/01/2009 15:11

tu te surpasses ...."Lamenais rêvait d'un christianisme de bon sens, mais qui resterait fidèle à Rome. Autant rêver d'un cheval qui ne pèterait jamais !" .... formule heureuse, une facette d'un diamant !

"Lorsque Lamenais fut à l'article de la mort, ses amis interdirent aux prêtres d'entrer. Il mourut donc sans "les derniers secours de "notre Mère la Sainte Église". On se demande bien en quoi consiste ces secours sinon le fait pour ces débiles mentaux de s'imaginer qu'ils ont la moindre prise sur la conscience d'individus diminués et à l'article de la mort !