La franc-maçonnerie anglaise (suite)

Publié le

Les "britiches" (sic) qui  font tellement de cas des Constitutions d'Anderson connurent cependant une grave dissidence ultra-régulière, vers le milieu du XVIIIe siècle.

En effet, des frères estimèrentt que la maçonnerie n'était point suffisamment religieuses, fidèle à la Bible et au Grand Architecte de l'Univers qui pour eux ne pouvait être que Dieu. Ils firent donc, comme indiqué ci-avant, dissidence, et créèrent "La Grande Loge selon les anciennes Institutions", lesquelles n'étaient pas les Constitutions attribuées à Anderson. Ils furent surnommés les Anciens.

Ils déploraient que les rituels n'étaient pas sufisamment étoffés, que les solstices d'hiver et d'été  n'étaient pas célébrés, et que la fonction de "diacre" n'existait pas.
Tout indique qu'ils étaient bien plus religieux, par charité nous ne dirons pas bigots", que les Modernes. Chose amusante, les Modernes étaient plus anciens que les Anciens ! Mais ces derniers étaient plus dynamiques et, il faut le dire, plus démocrates. En effet, les loges des Anciens désignaient des délégués qui élisaient le Grand Maître et les Grands Officiers.

Ils finirent cependant par se réconcilier, et un livre de rituels fut édité en 1838. Ces rituels étaient modifiés dans un sens nettement plus religieux. Les Tenues n'avaient plus rien à voir avec "les grandes bouffes" de jadis. Un formalisme lourd devint la règle.
On ne se réunissait plus dans les tavernes et autres troquets, mais dans des temples privés. Diverses fonctions furent introduites, dont celle de chapelain...  Les Modernes avaient perdu la partie, et la tolérance de même.

C'est en 1929 que la maçonnerie anglaise imposa les régles suivantes pour l'obtention de la reconnaissance par elle des loges : la croyance dans le Grand Architecte de l'Univers et sa volonté révélée. Volonté révélée signifie que le GADLU n'est pas une quelconque "force" à l'origine du monde, moins encore la conscience du maçon ou je ne sais quoi. Il faut que sa volonté ait été révélée !
Le serment doit être prêté sur un "Volume de la Loi sacrée", Bible, Tanak (Bible hébraïque), Coran, etc., au choix de l'impétrant.
Les femmes, assimilées aux esclaves par Anderson, ne peuvent devenir maçonnes.
Les discussion religieuses ou politiques sont interdites en loge.

Les "planches" en fait les conférences, sont rares chez les anglais, les Tenues étant le plus souvent des répétitions, après quelques verres de tisane écossaise bues au bar, car les rituels doivent être connus par coeur.

Lors des Tenues il arrive souvent que des cantiques soient chantés par l'honorable assemblée de maçons. Cantiques anglicans que doivent alors"se taper" les juifs ou autres !

Sur le continent la maçonnerie aura un caractère philantropique moins accentué, reconnaissons le, mais sera plus philosopseront déclarées facultatives  en France en 1877, la chose ayant été faite en Belgique peu de temps auparavant.
La gloire de la maçonnerie "irrégulière" aura été d'instituer la liberté de croire ou de ne pas croire, et le fait que les loges se sont alors penchées sur les problèmes sociétaux, à une époque ou les gosses de huit ans descendaient dans la mine, où les travailleurs et leur famille vivaient dans des conditions abominables, ce y compris dans le Royaume britannique. La maçonnerie de ce pays restait indifférente à ces choses. Il faut relire les écrivains anglais de l'époque pour se rendre compte que la situation des prolétaires anglais était plus dramatique encore que sur le continent.

Les obédiences, comme le Grand Orient de France ou de Belgique,  libérées de la tutelle anglaise, au contraire ont travaillé sur ces problèmes et elles peuvent en être fières.
 L'esclavage fut définitivement aboli grâce à l'action d'un maçon qui repose au Panthéon, le frère Schoelcher. L'enseignement gratuit et obligatoire fut l'oeuvre du frère Ferry. La séparation des Eglises et de l'Etat et la consolidation de la République française furent obtenues en grande partie par le frère Emile Combes soutenu activement par le Grand Orient de France. Le frère Combes tant sali par les bourgeois de la messe d'onze heures. Il ne faut pas oublier, après la seconde guerre, grâce, entre-autres,  au frère Pierre Simon de la Grande Loge de France, la loi sur la contraception, etc...
Quant à la Belgique la prestigieuse Université de Bruxelles fut créée par les frères Verhaegen et Baron, tandis que le frère Henri Lafontaine consacra sa vie à défendre la paix entre les peuples, et obtint  d'ailleurs le Prix Nobel de la paix.

Plus tard des frères français et belges, notamment Henri Lafontaine,  travaillèrent à la création de l'obédience mixte Le Droit Humain. Si des écoles d'enseignement secondaire pour jeunes filles furent créées en Belgique, c'est grâce à la soeur Isabelle Gamond de Gatti qui fut accusée par les cléricaux d'avoir ouvertà Bruxelles "un établissement d'où allaient sortir de futures prostituées" !!!  Quelle élégance, quelle tolérance...

Pour terminer, il faut savoir, et je ne m'en réjouis pas,en fait la chose m'est indifférente, que la maçonnerie anglaise a perdu bon nombre de ses membres. Qu'elle est lâchée par l'Eglise d'Angleterre, l'Eglise méthodiste, et... la maison royale puisque le prince Charles a refusé de devenir maçon.
Enfin une "Grande Loge régulière d'Angleterre" s'est créée, cécession de la GLUA.
Grandeur et décadence.

Il est juste de dire, cependant, que la "Grande Loge nationale française", reconnue par Londres,  est en passe de devenir la première obédience du pays d'Helvétieus et de Voltaire. Il est vrai qu'elle est accusée de ratisser large. Un animateur de télévision très connu a déclaré un jour "Pour ne pas entrer dans une obédience se mêlant de politique je suis entré à la GLNF. J'y ai découvert qu'on y faisait de la politique de droite !".

En Belgique la "Grande Loge régulière" est en perte de vitesse. Je n'irai pas jusqu'à dire en perdition, mais si les chose continuent je pourrai le dire... Des frères, chaque années, rejoignent la Grande Loge ou le Grand Orient, des loges entières quittent l'obédience, conséquence des interdictions de visiter les loges "irrégulières", et de prêter serment sur une Bible à laquelle la majorité des frères ne croient pas, etc... Un frère de mon patelin, qui vient de démisionner de sa loge "régulière" m'a confié : "J'en avais assez des carcans."

Certes, les frères et soeurs "irréguliers" ne chantent pas de cantiques, mais ils tentent de mettre en application ces lignes du frère français Jean Cotereau (GODF) : L'enfer, atroce mensonge; le ciel, probable chimère; la terre, cette réalité sur laquelle il nous appartient de mettre un peu de ciel, quand il n'y reste que trop d'enfer...
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Jacques cécius 05/02/2009 14:03

C'est sûr, Dominique, tout n'est pas parfait, loin s'en faut, chez nous, "irréguliers".
Des loges s'affirmant progressistes ne s'expriment plus.

Dominique 05/02/2009 13:06

Nous sommes loin de l'achèvement du temple c'est un fait. Et même chez nous, irréguliers et progresistes, il n'y a qu'a voir la tenue à laquelle j'ai assisté hier et qui débatait justement de la mixité au sein du GODF,,,, Enfin bien du travail, mais nous n'aspirons pas au repos n'est ce pas apres tout.....

Jacques cécius 03/02/2009 12:51

Nicolas, il ne faut pas dire que la maçonnerie "régulière" est à droite. Certains dirigeants des obédiences excommuniées le sont aussi ! Chut.....
J'aurais dû parler de la GLNF sur la Côte d'Azur...

Jacques cécius 03/02/2009 12:41

Tu es pardonné, mon fils, mais ne pêche plus !

Stéphane 03/02/2009 12:08

Sorry, Jacques, j'ai lu un peu vite.