Ravachol (suite et fin)

Publié le

Ravachol est transféréà la prison de Mazas.

Un juge d'instruction est désigné en la personne du sieur Laurent Athalin. Ce dernier était un homme sensible, et oui, cela existe chez les magistrats. Une certaine sympathie, à défaut d'une sympathie certaine, va s'installer entre les deux hommes.

L'instruction durera dix jours. Il y a fort à parier que si elle avait duré plus longtemps, le juge se serait fait houspiller par le Procureur de la République. Il est vrai que Ravachol s'était montré coopératif.
Il fut décidé qu'il comparaîtrait le 26 avril devant la Cour d'Assise de la Seine.

La veille de la comparution une bombe explose dans le restaurant où celui qui était désormais inculpé, avait pris son dernier repas suivit, en guise de pousse-café de son arrestation. Véry le propriétaire délateur fait partie des victimes. Nul doute que dans les milieux libertaires il ne fut point pleuré... Quant au garçon, Lhérot, il fut promu (sic) maton quelques temps plus tard.

Le procès, donc, s'ouvre le lendemain, sous la présidence du Conseiller Guest, vieux briscard et magistrat aguéri. La salle  est pleine à craquer. Lorsque le Préisdent fait son entrée, accompagné des deux juges,  du Procureur et du greffier,  le silence est total. On entendrait pèter une mouche.
Ravachol fait à son tourson entrée, accompagné de quelques compagnons : Chaumartin,, Béala, Biscuit ( ! ),  et "la fille" Soubère inculpés comme complices  de seconde zone. N'oublions pas que Chaumartin était un mouchard semi-professionnel.

Ravachol ne regardait pas le Président Guest, mais le Procureur de Beaurepaire (de brigands ?). Cet accusateur public qui, plus tard, se montrera bien moins mordants pour ceux qu'on appela les Chéquards de Panama, de sombres escrocs décorés de la Légion de d'Honneur !

Les débats ne furent guère animés, assez curieusement. Bien sûr Ravachol ne rata pas la moinde occasion d'affirmer ses convictions anarchistes, mais avec une certaine retenue. Et il en fut de même durant tout le procès.

Les débats clos, le jury se retira pour délibérer. Personne, probablement, ne doutait du verdict, et surtout pas Ravachol. Il était env iron deux heures du matin.
 
Une heure vingt plus tard le jury reprit sa place. Etonnement quand  le Président fit part de ce que les jurés avaient reconnu coupable l'accusé de la pose des bombes qui ne firent point de victime, mais sans préméditation.
On peut ou non admirer Ravachol, mais affirmer sans rire qu'il n'y avait pas eut préméditation fait sourire. La fabrication des "marmites" ne prouvait-elle pas la préméditation ? Quoi qu'il en soit notre homme y alla d'un vibrant "Vive l'Anarchie !".

Restaient les crimes dont il était accusé. Et Ravachol se retrouva devant les Assises de la Loire, présidées encore une fois par le Conseiller Guest . Il pousa l'ironie (la bètise?) jusqu'à demander à Ravachol s'il avait été condamné auparavant ! ! ! Décidément le ridicule ne tue pas, car le sieur Guest vécu encore quelques années...

Les choses furent menées rondement, et malgré la plaidoirie de Me Lagasse, Ravachol fut condamné à mort. Il s'y attendait. Tout le monde s'y attendait.

A l'aube du 11 juillet, Ravachol fut réveillé par le cortège sinistre de magistrats,de  matons, et de son avocat. Il ne tremblait pas.
A l'aide bourrau qui lui coupait les cheveux et le col de sa chemise il fit un  "compliment" : "On voit que vous avez l'habitude !".
La chose terminée Ravachol dit "Allons-y, c'est l'heure!". Et le cortège se mit en marche, Ravachol chantant "Si tu veux être heureux, nom de Dieu, pend ton propriétaire, coupe un curé en deux, nom de Dieu, si tu veux être heureux...".

On le plaça sur la bascule. Il voulu crier quelque chose, mais n'en n'eut pas le temps, la lame glissa et le coupa en deux...

Alors, Ravachol,  saint ou assassin ?

Je suis de ceux qui pensent que donner la mort est toujours une horreur. Qu'il s'agisse d'un acte commis par un criminel, un exhalté politique, ou la justice. Pour votre serviteur Ravachol ne fut pas un saint, mais un homme qui avait un idéal, certes, mais un idéal dévoyaé.
 La mort donnée sur décision d'un jury est une abomination. Elle fut supprimée avec l'arrivée aupouvoir de François Mitterand, et grâce au combat de Me Badinter. Cependant la peine de mort existe encore dans des pays qui osent se prétendre civilisés, dont l'Amérique. Il est déplorable qu'Obama en soit partisan...

Une dessin fut  réalisé, montrant Ravachol, la tête haute et la poitrine nue, devant la guillotine.  Des compagnons la placèrent sur le mur de leur chambre, certains y ajoutant à l'encre ou au crayon "Saint Ravachol" !

                                                                       R    I    P

Commenter cet article

Jacques cécius 07/02/2009 17:26

Tu es trop bon. je fais ce que je peux, mais le mieux possible.

philibo 06/02/2009 13:50

très intéressant article. Comme beaucoup, je pensais connaître Ravachol, mais en fait j'ai appris beaucoup avec tes trois textes.
Mon tcf Jacouille, continue mon instruction, je t'en prie (oups! le mot n'est pas approprié!)
Ni dieu ni maître.
Philippe