Faut-il voter ?

Publié le



Les jeux sont faits, et, ô joie, bien faits.

La Suisse, pays de l'argent pas très propre et de la fondue indigeste, a voté. Le peuple a décidé que les citoyens des pays membres decette si belle Europe, celle des marchands et des multinationales, pourraient circuler librement et s'installer chez lui.

La droite populiste du très chrétien Blocher avait fait campagne pour le "non", avec des arguments nauséeux mais qui, souvent, font mouche, du style "si les roumains et les bulgares s'installent chez nous, la délinquance va grimpe, et les "braves gens" être les victimes des voyous venus de l'étranger".

Dieu merci, le "oui" l'a emporté, et Blocher pleure devant sa Bible ouverte à l'  "Epitre aux xénophobes et béotiens"...

Retour en arrière : rappelons-nous les 17% de Le Pen au premier tour des prédidentielles en 1995 en "doulce France".

Le succès de feu Haider en Auriche lors des dernières élections.

Et celui de Blocher en Suisse.

Etant entendu que ces haineux personnages n'ont été majoritaires dans aucun de ces pays, mais il fallut, dans certains d'entre-eux, composer parfois avec ces tristes sires.

C'est le grand Coluche qui disait "Si les élections pouvaient changer la vie, il y a longtemps qu'elles seraient interdites". Et un slogan libertaire : "Elections, pièges à cons !".

Devant le succès, parfois relatif, parfois bien réel, des mouvements populistes, xénophobes, bref de l'extrême-droite, je me dis aujourd'hui, moi qui ai refusé de participer aux "votations" durant des années, exception faire des municipales, renvoyant même ma convocation, que le véritable "piège à cons" c'est l'abstention.

Comme je l'écrivais en 2000 (
"L'Anarchisme : une utopie nécessaire", Labor éd. Bruxelles), Il est en effet des militants ( anarchistes) pour penser qu'un certain réformisme politique est indispensable en attendant un (hypothétique) soulèvement populaire. (...)  Rendons leur cette justice : ils ne se contentent pas de lire la presse anarchiste et de défiler deux ou trois fois l'an derrière des calicots aux slogans usés comme des chaussettes de tennisman après Roland-Garros.

La révolte éclatera-t-elle un jour ? Un jour peut-être, oui, lorsque les travailleurs crèveront de faim et que leurs biens seront saisis pour non paiement des traites pour la maison, bagnole, le frigo, les vacances en Tunisie, etc. Alors là, oui, ils descendront dans la rue pour "mettre les choses au point". Mais entre-temps l'armée et les forces de l'ordre auront été renforcés, et rien ne dit que le peuple gagnera la partie. Alors éclaterons ça et là des jacqueries réprimées dans le sang.

Je suis pessimiste? Oui ! Je ne vois pas d'autre solution, actuellement, qu'une union des libertaires avec les nouveaux mouvements de gauche (la vraie gauche), comme celui de Besancenot, ou de Melanchon,  en France, et même avec les mouvements centristes.

Si la gauche à la gauche de la gauche n'obtient pas, dans les pays où elle existe encore, j'écris encore parce que, en Italie, elle est hors course actuellement, des scores de nature à faire trembler les Sarko et autres Napoléon aux petits pieds, alors ce sera le triomphe de l'extrême-droite, à laquelle s'allieront les partis de droite soucieux de préserver les privilèges des richards.

Le triomphe de l'extrême-droite,  ce fut le cas avec le nazisme en Allemagne parce que les cocos refusèrent de s'allier aux socialites (encore socialistes à l'époque) sur ordre de Staline. Hitler arriva au pouvoir par le biais des urnes, ne l'oublions jamais. Et la raison en fut la désunion de la gauche. Le refus de s'allier, fut-ce provisoirement pour éviter le désastre, aux partis démocratiques centristes.Si les démocrates et les communistes avaient  présenté un front uni, il y a fort à parier que le sinistre moustachu serait resté dans l'opposition. Mais la politique sectaire des moscoutaires empêchait tout union avec eux...

Ce clown de Berlusconi, soutenu d'une part par les industriels et les banquiers, d'autre part par les imbéciles prêts à avaler les promesses démagogiques, n'aurait pas pas remporté les dernière élections si la gauche, la vraie, s'était mobilisée intelligemment, et avait convaincu la population, grâce à des arguments tenant la route, Silvio aurait pu continuer à vitupérer contre "les assistés", les étrangers, etc... Mais non, le Parti communiste s'est tranformé en parti social démocrate mou, Refondation communiste et le Parti des communistes italiens se sont enguelés pour savoir qui est vraiment communiste. Le Parti socialiste a disparu dans les scandales, les Partis libéral et républicains n'existent plus. Seule une frange de la démocratie chrétienne subsiste, mais elle n'est guère influente. Les Verts non plus.

Je vous le demande : peut-on encore se rendre à la pêche le jour des élections,  lorsque le risque de l'arrivée au pouvoir de la droite pure et dure, voire de l'extrême-droite, existe ?

J'ai évoqué surtout, jusqu'à présent, communistes et socialistes. Mais, une fois n'est pas coutume, j'approuve Ségolène Royal lorsqu'elle prône une alliance du centre (le Modem de Bayroux) avec la gauche, voire même avec Besancenot et Mélanchon, parce que nous n'en sommes qu'au début d'une crise qui va écraser les plus faibles, dans un premier temps, les travailleurs et les classes moyennes dans un second temps.

Le moment est venu d'une alliance des démocrates contre le fascisme et la droite dure style Berlusconi ou Sarko. Et, quoi qu'ils en disent, les anarchistes sont de vrais démocrates.

Alors, "Elections pièges à cons", ou "Abstention, piège à cons" ? J'opte pour le scond slogan !

Faisons barrage à la crise, et à ceux qui profitent d'elle pour tirer les marrons du feu avec des promesses irréalisables.













Commenter cet article

Jacques cécius 11/02/2009 11:22

Bienvenue chez nous, Julien.

Julien 10/02/2009 21:25

Puissiez-vous dire vrai Jacques...Pour moi, c'est la grande déprime !
Quand à Nicolas Dupond, je partage enterrement votre ressentit.
Votre futur frère qui le sera le vendredi 13.

Jacques cécius 10/02/2009 17:38

Mais alors, pour qui un français de gauche doit-il voter ?
Le PS n'est plus qu'une foire d'empoigne.
Le PCF est moribond.
Mélanchon ? Je n'y crois guère...
Vous êtes, mes amis, dans une belle m.... !
Mais vous en sortirez. Gardez vos convictions nom de Zeus ! Un jour tout cela se clarifiera.Soyez optimistes.

nicolas dupond 10/02/2009 17:29

Jacques,

Comme Laurent, j'aurais tendance à me méfier de Besancenot.

Néanmoins, trouvant les socialistes actuels de droite, que faire?

laurent 10/02/2009 17:14

en complément Jacques :

"J’apprend que Besancenot vient de déclarer (comme en écho) :
« Trotski n’est pas mon sponsor officiel » !

Efface-t-on un bain de sang par un slogan publicitaire ?

Pour mémoire :

“Dans la seule brochure jamais éditée par la LCR sur Cronstadt, l’auteur de l’introduction à divers textes de Lénine et de Trotsky conclut, paraphrasant Trotsky, que ce “fut pour les bolcheviks une page douloureuse de la révolution, une tragique nécessité”, justifiée par la situation militaire et économique de l’Urss. Certes, il est arrivé parfois que nous nous risquions à dire que ce fut une erreur, ce que par ailleurs Trotsky ne reconnaîtra jamais. C’est mieux. Mais c’est encore insuffisant. Car s’agissait-il d’une erreur isolée, ou au contraire d’une erreur, parmi beaucoup d’autres, conséquence tragique de la politique mise en oeuvre par les bolcheviks depuis 1919 au moins?

Dans les débats qui ont opposé après la révolution d’Octobre, en Russie même, les diverses composantes du mouvement anarchiste et les socialistes-révolutionnaires de gauche au parti bolchevique, jamais la légitimité de la prise du pouvoir, de l’insurrection et même celle du rôle décisif joué par le parti bolchevique n’ont été mises en cause. Quant à la dissolution de l’Assemblée constituante, elle faisait l’objet d’un large consensus. Enfin, tous se retrouvaient d’accord sur la nécessité de faire front en commun à l’offensive des armées blanches, avec toutes les contraintes que cela pouvait entraîner. Le débat portait sur une tout autre question: la dislocation du pouvoir des soviets et son remplacement par le pouvoir dictatorial du parti.
Le contexte historique, marqué par l’isolement, le blocus économique et l’effondrement de l’économie, et l’offensive des armées blanches pèse évidemment très lourd et aggrave qualitativement les contradictions et tensions propres à toute économie de transition, marquée à la fois par la gestion de la pénurie et par le maintien de la division du travail. Mais les choix faits après la Révolution n’ont-ils pas favorisé la victoire de la bureaucratie? Sauf à en admettre l’inévitabilité, la question est légitime.

Répression injustifiable

Le parti bolchevique a toujours été méfiant à l’égard des soviets. Ce fut le cas lors de la révolution de 1905 mais aussi après février 1917, où le développement des soviets est largement indépendant, autonome de la politique des bolcheviks. Or dès le milieu de l’année 1918, cette méfiance se transforme en une remise en cause à peine voilée de la légitimité des soviets et de leurs diverses structures, à commencer par ceux où les bolcheviks sont minoritaires. La création, le 7 décembre 1917, de la Tchéka (commission extraordinaire pour combattre la contre-révolution et le sabotage), censée protéger la révolution de 1917 contre les blancs, va engendrer un corps répressif de plus en plus autonome, qui s’en prendra non seulement aux nostalgiques du tsarisme mais aussi à tous les courants du mouvement ouvrier opposés à la politique des bolcheviks, même si cette opposition ne s’exprime que sur le plan idéologique. Il y aura des dizaines de milliers d’arrestations arbitraires, des milliers d’exécutions sommaires qui ne peuvent être en aucun cas justifiées par les contraintes de la guerre civile.

Le problème majeur est de savoir qui décide, même dans les conditions les plus difficiles. Poussant le volontarisme et le substitutisme à l’extrême, le parti bolchevique va accaparer l’essentiel des pouvoirs. Dès lors, il sera de plus en plus rendu responsable de la dégradation des conditions de vie et contesté non seulement par la paysannerie, mais aussi par des secteurs significatifs de la classe ouvrière. Des dizaines de grèves vont se déclencher contre la détérioration des conditions de vie et de travail, grèves auxquelles, le plus souvent, il sera répondu par la répression… au nom de la défense des intérêts historiques du prolétariat, dont le parti bolchevique est bien sûr le dépositaire légitime. La logique sera impitoyable. Tous les groupes politiques indépendants se situant dans le camp de la révolution se verront réduits au silence. Et cette logique ne tardera pas à toucher au fonctionnement du parti bolchevique lui-même, avec l’interdiction des fractions en son sein, des logiques d’exclusion des minoritaires, une conception dictatoriale du centralisme démocratique. Et cela à un moment où les contraintes de la guerre civile étaient largement amoindries à partir de 1921.”
http://www.anartoka.com/pas-dupes/viewtopic.php?p=6010&sid=6dfe0c0bc2da5597584e0a2d8ba57730"